La Gauche Verte !

Journal d'informations alternatives.

dimanche 5 juillet 2009

Sans-papiers : l’autre « chiffre » de la politique d’expulsion

La cour des comptes pointe le coût de la rétention des sans-papiers. Mouvements vous propose de relire cette enquête de Damien de Blic : le coût des expulsions réalisées en 5 ans représente l’équivalent du déficit annuel de l’assurance vieillesse.

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Novembre 2006 à Paris, dans le Xème, rafle à l’angle du bd de Strasbourg, des rues Château d’eau et des Petites écuries. Photos Patrick Sagnes/Zarma.

La lutte contre l’immigration clandestine constitue depuis les années 1970 un objectif déclaré des politiques migratoires définies dans la plupart des pays industrialisés. Pour la première fois cependant, cet objectif prend depuis quatre ans en France la forme d’un programme chiffrant précisément un nombre de reconduites à la frontière à réaliser chaque année. Cette initiative est due au ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy qui, dans une circulaire en date du 22 octobre 2003, demande aux préfets de doubler à court terme les expulsions d’étrangers en situation irrégulière. La raison de cette instruction est précisée dans le texte : « L’exécution effective des décisions d’éloignement est la condition de crédibilité de toute politique publique de maîtrise de l’immigration. » Cette circulaire précède de quelques jours l’adoption par le Parlement français d’une loi « relative à la maîtrise de l’immigration et au séjour des étrangers en France » (promulguée le 26 novembre 2003) qui donne à l’administration les moyens de répondre aux nouveaux objectifs : accroissement de la durée maximale de rétention administrative, fichage systématique des demandeurs de titres de séjour, subordination de l’octroi de ces titres à des garanties d’ « intégration républicaine » notamment [1] .

Cette politique d’expulsions massives n’est pas revendiquée par le seul ministre de l’Intérieur, manifestement soucieux d’afficher sa fermeté en matière d’immigration dans la perspective de l’élection présidentielle de 2007. Elle est largement confortée par le Premier ministre Dominique de Villepin qui expose le 11 mai 2005 un « plan d’action de lutte contre l’immigration irrégulière » qui reprend à son compte les objectifs chiffrés par Nicolas Sarkozy en lui assurant le concours d’un comité interministériel et propose la création de « pôles départementaux » destinés à faciliter la gestion des éloignements d’étrangers irréguliers. Le nouveau dispositif, assorti de fortes pressions sur les préfectures, à qui sont fixées par le Ministère de l’Intérieur un nombre annuel d’expulsions à réaliser [2] , semble porter rapidement ses effets, comme en témoignent les chiffres bruyamment annoncés à la fin de chaque année civile : objectif de plus de 15 000 expulsions fixé en 2004, près de 20 000 en 2005, 24 000 en 2006, 28 000 pour 2007.

Dans la mesure où la volonté de faire du « chiffre » est au principe de la politique menée depuis 2003, il n’est pas inutile de se pencher sur l’autre chiffre que masque cette politique, à savoir son coût financier pour la collectivité. Ce chiffre-là, par contraste avec celui des reconduites, n’est guère mis en avant par les auteurs de cette politique. Seul Dominique de Villepin évoque, comme par lapsus, l’ « effort considérable » réclamé par les reconduites massives et va jusqu’à estimer leur coût à 67 millions d’euros pour l’année 2005 [3] . Le silence qui règne par ailleurs s’explique aisément dès lors qu’on prend la (dé)mesure de l’ensemble des moyens mobilisées pour atteindre le chiffre érigé en « priorité absolue » [4] de l’action du ministère de l’Intérieur depuis plus de trois ans.

Une politique d’expulsions conduite à tout prix

Il peut sembler déplacé d’aborder la politique de reconduite à la frontière sous un angle monétaire, tant son coût, bien avant d’être budgétaire ou économique, est bien évidemment un coût humain : mise en grand danger de personnes renvoyées dans des pays où elles sont parfois gravement menacées, familles disloquées, enfants séparés de l’un de leur parents, stigmatisation et culpabilisation des étrangers résidant en France… Ces maux répétés commencent aujourd’hui à être connus grâce à l’activité des collectifs militants attentifs aux droits des étrangers. La mise en parallèle des moyens déployés pour maximiser les reconduites à la frontière et des drames vécus par ceux qui en sont les victimes met un peu plus en lumière, toutefois, le caractère inhumain d’une logique du chiffre poussée jusqu’à l’absurde.

Pour sa seule partie émergée, la politique d’expulsion de sans-papiers mobilise l’équivalent de plus de 10 000 emplois à temps plein. Mais cette politique a aussi besoin de moyens beaucoup moins visibles, parce qu’ « empruntés » à des services normalement destinés à d’autres emplois : fonctionnaires affectés au centres de rétention, policiers assurant les interpellations, les gardes à vue et les transferts divers, escortes internationales vers les pays de retour, toutes les activités sans lesquelles les nombres fixés d’éloignement seraient tout simplement impossibles à atteindre. On peut ainsi raisonnablement estimer que c’est l’équivalent d’au moins 15 000 emplois à temps plein qui est consacré à l’expulsion des sans-papiers.

Nicolas Sarkozy justifiait en 2003 sa volonté d’éloignement systématique des étrangers en situation irrégulière par sa contribution à la « crédibilité » d’une politique de lutte contre l’immigration irrégulière. Il semble urgent d’interroger ce souci de crédibilité au regard de ces chiffres : si l’on suppose que le nombre de 28 000 expulsions sera atteint à la fin de l’année 2007, il aura fallu pour réaliser deux de ces expulsions l’équivalent de l’emploi annuel à temps plein d’un fonctionnaire. Si l’on traduit ces emplois sous une forme monétaire, ce sont donc au minimum 3 milliards d’euros [5] qu’auront coûté au total les expulsions réalisées depuis 2003 : l’équivalent du budget annuel du ministère de la culture ou encore deux années de fonctionnement de la ville de Marseille. C’est aussi le déficit de la caisse national d’assurance vieillesse prévu pour 2007. Compte tenu par ailleurs du coût humain individuel – lui inestimable – pour tous ceux qui auront été arrachés au territoire français et à toutes les attaches qu’ils ont pu y nouer, la démesure et l’absurde d’une politique fondée sur des chiffres qui ne semblent finalement servir qu’une « opération de communication » [6] apparaît ici dans toute son évidence.

Le difficile chiffrage des reconduites à la frontières

Dresser les comptes de la politique d’éloignement s’avère un exercice difficile. La Cour des comptes elle-même, malgré les moyens humains et matériels dont elle dispose, a dû renoncer à une évaluation du « coût global » de la lutte contre les séjours irréguliers, évaluation qui lui semble pourtant nécessaire au regard du caractère prioritaire donnée par le ministère de l’Intérieur à cette lutte. L’extrême difficulté du calcul correspond à différentes causes : une volonté du ministère concerné de masquer le coût d’une politique qui risquerait précisément de faire apparaître son caractère démesuré ; mais aussi le fait que les éloignements massifs ne reposent pas seulement sur la création de nouveaux moyens mais aussi sur le redéploiement de dispositifs destinés initialement à d’autres actions.

Certains coûts sont cependant bien visibles. Dominique de Villepin, dans l’interview citée plus haut, annonce lui-même un triplement entre 2004 et 2005 du budget consacré à la lutte contre l’immigration clandestine, de 33 millions à 100 millions d’euros, et l’affectation de 600 policiers supplémentaires à la Police de l’Air et des Frontières (PAF). Cet effort financier va croissant, puisque le budget 2007 de la Police national laisse apparaître une nouvelle hausse de 60 % de ce volet budgétaire largement consacré aux frais d’expulsions, à hauteur de 107 millions d’euros. D’après Carine Fouteau des Echos [7] , la prise en compte de la masse salariale fait croître le budget de la lutte contre « l’immigration irrégulière » jusqu’à 687 millions d’euros, soit l’équivalent de plus de 10 000 emplois à temps plein destinés à l’expulsion des sans-papiers.

Le gouffre des CRA

Une partie importante du budget que la Police nationale consacre à l’immigration irrégulière est dédiée à l’entretien des Centres de Rétention Administrative (CRA). Créés en 1984, les CRA ont pour but de retenir les étrangers en situation irrégulière avant leur éloignement du territoire national. Ils constituent une pièce essentielle du dispositif d’expulsion. Or, le coût de ces centres croît lui aussi dans des proportions spectaculaires. La multiplication des expulsions nécessite tout d’abord l’agrandissement des sites existants (au nombre de 19 au début de 2007) et la construction de nouveaux centres (trois sont prévus en 2007), l’objectif étant d’atteindre un nombre de 1 500 places disponibles à la fin de l’année 2007 contre un peu plus de 1 000 aujourd’hui. Les dépenses d’investissement relatives au CRA représentent dans le budget 2007 une somme de 270 millions d’euros, dont 48,5 millions d’euros destinés à la construction des nouveaux centres [8] .

Le nombre moyen d’étrangers hébergés quotidiennement en CRA augmente certes du fait du nombre croissant d’interpellations mais aussi en raison de l’allongement de la durée moyenne de rétention qui a doublé (de 5 à 10 jours) entre 2002 et 2005. L’effet conjugué de ces deux facteurs conduit ainsi à accroître fortement le nombre quotidien moyen de personnes en rétention qui passe de 370 en 2002 à 840 en 2005 [9] .

Or, le coût de chaque rétention augmente fortement dans le même temps. L’indicateur sur le coût moyen d’une rétention administrative, mis en place dans le cadre de la nouvelle Loi organique relative aux lois de finance (LOLF), prévoit un chiffre de 1 000 euros pour 2007 (contre 600 euros en 2004), sous l’effet non seulement des durées plus longues de rétentions mais aussi de « l’amélioration des prestations hôtelières » qui fait suite aux dénonciations répétées des conditions inhumaines de rétention des personnes en voie d’expulsion [10] . Encore cet indicateur semble largement sous-évalué puisqu’il n’intègre pas, par exemple, les charges liées aux heures de fonctionnaires consacrées à la rétention. Pas moins de 890 policiers étaient affectés aux CRA en mai 2006.

On soulignera au passage que parmi l’ensemble des personnes en rétention, une grosse majorité n’est pas effectivement expulsée : en 2005, seulement 32% [11] d’entre elles ont effectivement été reconduites à la frontière. Une avocate toulousaine cite le cas de quatre de ses clients ayant séjourné chacun 32 jours en CRA -séjour sans conséquences dramatique, aucun consulat ne les ayant reconnus. Elle calcule elle-même : « cette rétention administrative inutile a donc coûté 32 jours x 87,5 euros (chiffres pour 2006) x 4 personnes = 11 187,20 euros au contribuable français » [12] . S’il l’on se rappelle que cette situation concerne le tiers des détenus, soit environ 10 000 étrangers en 2006, on arrive à une dépense de près de 9 millions d’euros, absurde d’un point de vue financier mais parfaitement logique dans le cadre d’une politique où aucune occasion d’augmenter le chiffre d’expulsés ne doit être perdue…

La face cachée de la politique d’éloignement : les « rafles »

Le budget de la Police consacrée explicitement à l’immigration clandestine ou celui affecté au fonctionnement des centres de rétention peuvent ainsi donner lieu à des estimations en termes de coût, quoique largement sous-estimées en elles-mêmes. Mais ces dépenses « budgétisables » et donc partiellement visibles masquent tout un ensemble de moyens déployés pour atteindre les chiffres annuels d’éloignement qui ne font eux l’objet d’aucune évaluation. Avant d’être placés en CRA, les étrangers irréguliers doivent être interpellés. Or, les services de police spécialisés dans la lutte contre l’immigration clandestine (du type de la 12e section des renseignements généraux de la préfecture de Paris) ne peuvent à eux seuls assurer plus de 20 000 expulsions par an. Ce sont les forces de police locales qui sont dès lors sollicitées pour assurer que l’objectif soit atteint.

La contribution des forces de la police « ordinaire » à l’interpellation des personnes en situation irrégulière prend la forme de vastes opérations de contrôles d’identité sur la voie publique. Dans la circulaire du 22 octobre 2003 déjà citée, Nicolas Sarkozy demandait en effet aux préfets, en vue d’assurer un nombre suffisant d’éloignements, de mobiliser toutes les opportunités ouvertes par l’article 78-2 du code de procédure pénal qui permet, sur réquisitions écrites du procureur de la République, de vérifier l’identité de toute personne dans un lieu et pour une période de temps déterminés par ce magistrat. De fait, sous couvert d’assurer la sécurité des biens et des personnes ou de prévenir des atteintes à l’ordre public, les opérations reposant sur l’article 78-2 prennent de plus en plus la forme de véritables « rafles » au cours desquelles ne sont contrôlés que les personnes susceptibles d’être « irrégulières ». Comme le résume la CIMADE, « la police ne tombe plus "par hasard" sur les sans-papiers, elle va les chercher » [13] . Dans les quartiers populaires du nord et de l’est de Paris se multiplient ainsi depuis l’été 2006 des opérations visant à interpeller un maximum de sans-papiers. Ces opérations, indispensables pour atteindre le chiffre d’éloignement fixé aux préfectures par le ministère de l’Intérieur, supposent un déploiement considérable de moyens dont le coût n’apparaît cette fois dans aucune des lignes budgétaires de la lutte contre l’immigration clandestine.

Un officier de police judiciaire (OPJ) d’un commissariat du nord de Paris, habitué de ce genre d’opérations et qui a accepté de répondre à nos questions sous couvert d’anonymat explique ainsi : « les critères de "réussite" des opérations, dont dépend la carrière de nos chefs, sont le nombre de gardes à vue, puis le nombre de placements en rétention. A moins de dix sans-papiers interpellés, l’opération est un échec. Pour parvenir à ces chiffres, il faut au moins dix fonctionnaires procédant aux interpellations sur la voie publique, sur une durée de deux heures en moyenne. Chaque garde à vue mobilise ensuite deux à trois fonctionnaires. Le nombre augmente pour peu qu’il y ait une mobilisation autour d’une personne arrêtée, s’il s’agit d’un parent d’enfant scolarisé par exemple. Au coût horaire des fonctionnaires, ça commence à chiffrer vite. Il faut ajouter ensuite, pour chaque interpellé, la venue d’un traducteur et le coût de la visite médicale, souvent demandée, et qui se situe autour de 50 euros. Il faut enfin ajouter les frais de transfert vers le centre de rétention ». Bien conscient du caractère « non raisonné » de cette politique du chiffre, cet OPJ insiste sur la détérioration « évidente » de la qualité du travail judiciaire ordinaire que provoque la concentration des forces policières. « On est de plus en plus nombreux à être exaspérés par ces consignes qui nous obligent à arrêter des sans-papiers plutôt que des "crapules" ».

Or, malgré ces critiques partagées par un nombre croissant de policiers [14] , le rythme des rafles tend à s’accélérer. D’une à deux par semaine en moyenne pour l’année 2006, les opérations d’interpellations de sans-papiers sur la voie publique sont devenues quasi-quotidiennes, comme en témoignent les réseaux de vigilance mis en place par les différents collectifs militants à Paris. Une partie du contingent policier qui n’est pas destinée a priori à la lutte contre l’immigration clandestine peut être ainsi amenée à consacrer une bonne moitié de son activité à la « chasse aux sans-papiers ». Et pour éviter les protestations, de plus en plus nombreuses, elles aussi, des riverains et des militants, les opérations de nuit se multiplient, avec les surcoûts salariaux correspondant.

De vastes opérations sont plus difficilement envisageables en province ou dans des villes de taille moyenne où les sans-papiers sont moins concentrés que dans certains quartiers parisiens. Les arrestations de sans-papiers posent alors d’autres problèmes, à l’origine d’autant de coûts supplémentaires. De nombreux pays refusent en effet d’accueillir leurs nationaux renvoyés de France sans preuve officielle de leur nationalité, preuve indispensable pour l’obtention du laissez-passer nécessaire à l’expulsion. En l’absence de passeport ou de pièces d’identité officielle, l’administration doit dès lors présenter l’étranger arrêté à son consulat, qui n’existe parfois qu’à Paris ou dans certaines métropoles régionales. Il est ainsi très courant qu’à l’interpellation et à la garde-à-vue succède un coûteux aller-retour, toujours sous escorte policière, du sans-papier vers Paris, Toulouse ou Marseille, sans aucune garantie sur le succès de la démarche.

A rebours, pour « rationaliser » les expulsions, les opérations d’interpellations menées à Paris se focalisent volontiers sur certains ressortissants dont on sait que le pays d’origine délivrera sans difficulté le laissez-passer nécessaire à l’éloignement. C’est ainsi que les populations chinoises concentrent l’essentiel des interpellations réalisées dans certains arrondissements de la capitale. Certaines opérations ont pu ainsi être « cassées » devant les tribunaux parce que les équipes policières arrivaient sur les lieux de la rafle accompagnées d’un traducteur chinois… De manière générale les efforts de l’administration pour réaliser des économies d’échelle en matière d’éloignement aboutissent logiquement à de nombreux vices de procédures, au point qu’en 2006, un quart des personnes placées en rétention administrative ont été remises en liberté à la suite d’une décision du juge des libertés et de la détention [15] : chiffre à apprécier en regard du coût rappelé plus haut de la rétention.

L’expulsion de la famille Raba constitue sans doute l’un des cas les plus tragiques engendrés par la politique d’éloignement menée par le gouvernement français. Musulman albanophone du Kosovo, Jusuf Raba refuse en 2001 de participer aux exactions menées contre la minorité serbe de sa région. A titre de représailles, sa femme, Shrepsa, subit une agression sexuelle. Jusuf et Shrepsa fuient avec leur fils vers la France où l’asile politique leur étant refusé, contrairement à leurs frères et sœurs, ils deviennent « sans-papiers ». Cinq ans plus tard, en 2006, la famille Raba qui s’est agrandie de deux enfants fait une demande de titre de séjour dans le cadre de la circulaire « Sarkozy » du 13 juin – ouvrant sous conditions la possibilité de régularisations pour les familles sans-papiers dont les enfants sont scolarisés en France.

Cette régularisation leur étant refusée, la gendarmerie vient chercher le 17 novembre la famille à son domicile de Gray, en Haute-Saône, en vue d’une expulsion. Devant la résistance désespérée de Jusuf et Shrepsa, face aux protestations émanant de leurs voisins, des instituteurs des enfants, des militants des droits de l’homme et du Réseau Education Sans Frontières, la police décide d’employer les grands moyens. Après une première une première période de rétention de 17 jours et une tentative « manquée » d’expulsion depuis Paris, la famille est conduite à Toulouse, loin de ses soutiens, d’où un avion militaire spécialement affrété les dépose au Kosovo quatre jours plus tard. On peut rester longtemps songeur face au dispositif déployé pour éloigner deux parents et leurs trois enfants, âgés de 7, 4 et 3 ans. Les raisons sont sans doute à chercher du côté d’un ministre de l’Intérieur soucieux de soigner son image de fermeté ou de l’aubaine que constitue, pour la préfecture d’un département rural en déficit d’éloignements, l’opportunité d’expulser cinq personnes d’un coup. L’acharnement a toutefois un coût et l’indignation partagée par de nombreux citoyens s’accroîtra sans doute si on en prend la mesure. Les 21 jours qu’auront au total passé en rétention les cinq membres de la famille Raba, ramenés au coût journalier évoqué plus haut, représentent une somme supérieur à 10 000 euros. On peut estimer à un montant équivalent les différents trajets que l’administration policière a fait effectuer aux Raba à travers la France : Gray-Lyon, un aller-retour Lyon-Paris dans le cadre de la première expulsion manquée, un aller simple vers Toulouse, sans compter les multiples trajets entre le Centre de rétention, le Tribunal administratif ou le Tribunal de grande instance. Le prix de l’heure de vol d’un avion militaire est d’environ 5 000 euros [16] . Celui qui a été affrété pour les Raba a ainsi dû voler du Bourget à Toulouse, de Toulouse à Tirana, de Tirana à Pristina, puis de Pristina au Bourget : au moins 50 000 euros pour ce seul poste. Il faut ajouter à ces dépenses les frais représentés par l’ensemble du personnel policier mobilisé pour l’opération : pas moins de dix policiers et une infirmière ont escorté la famille jusqu’à Pristina, ont ensuite dû loger sur place avant de revenir en France : difficile de chiffrer ce poste à moins de 10 000 euros. Soit environ 80 000 euros (au bas mot) : tel aura été le prix consenti par les autorités française pour « éloigner » – et mettre en danger – trois enfants et leur parents. Expulser à tout prix : tel semble être la maxime des responsable de la politique d’éloignement systématique.

Autre illustration des aberrations générées par la politique du chiffre, le cas de Suzilène Monteiro, lycéenne de Colombes (Haut-de-Seine), expulsée en octobre 2006 vers le Cap-Vert. Traitement exceptionnel, là encore : c’est pour cette seule jeune fille qu’a cette fois été affrété un avion par le ministère de l’Intérieur. La très forte mobilisation organisée par ses soutiens a conduit Nicolas Sarkozy à revenir pour une fois sur une décision d’expulsion et à accorder à Suzilène la délivrance d’un visa long séjour pour poursuivre ses études : quatre mois après son éloignement, Suzilène a pu revenir en France. Le coût de cette opération n’est sans doute guère inférieur à celui de l’expulsion de la famille Raba (du fait de l’affrètement notamment). Et celle-ci n’aura même pas permis de gonfler les statistiques de la chasse aux sans-papiers.

Damien De Blic

Article initialement publié sur ce site en mars 2007.

Publié par Mouvements, le 2 juillet 2009. http://www.mouvements.info/Sans-papiers-l-autre-chiffre-de-la.html

P.-S.

Le cas de la famille Makombo, déploiement de force contre une famille sans papiers

Barbe Makombo fuit en 2001 la République Démocratique du Congo (RDC) où des soldats l’ont violemment agressée. Son mari et quatre de ses enfants ont disparu. L’asile politique lui ayant été refusé, Madame Makombo se voir délivrer un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF) à la suite duquel elle est arrêtée puis assigné à résidence dans l’Yonne où l’héberge la Croix-Rouge. Le jour de son arrestation en août 2005, Rachel et Jonathan, deux de ses enfants qui ont pu la suivre en France, décident de fuir à Paris pour éviter l’expulsion de la famille. Afin de retrouver les deux enfants disparus – cachés en fait grâce à la chaîne de solidarité qui s’est mise en place autour de la famille –, la préfecture de l’Yonne envoie chercher par deux policiers les deux petites sœurs de Rachel et Jonathan au centre aéré où elles passent une partie de leur vacances d’été. Une vingtaine de domiciles de personnes susceptibles d’avoir hébergé les enfants Makombo sont perquisitionnés, de même que l’église évangélique de Sens autour de laquelle s’organise la mobilisation pour la famille. Selon la journaliste Anne Gintzburger , la police de l’Yonne a procédé dans le même temps à une vérification des appels passés depuis les téléphones de proches de Barbe Makombo et à un examen systématique des agendas de ces mêmes personnes. Une journaliste de Radio France ayant couvert les événements a dû de même subir une perquisition de son domicile ainsi qu’une convocation au commissariat pour interrogatoire. On touche avec cette affaire qui n’est pas isolée la démesure de l’ampleur d’un appareil policier déployé pour une mère de famille et ses cinq enfants, au seul motif qu’elle n’a pas réussi à faire la preuve des exactions subies dans le pays qu’elle a du fuir. Pour faire du chiffre, il n’est pas toujours besoin d’organiser des rafles. Une famille de cinq personnes potentiellement expulsables justifie également l’usage de grands moyens.

Notes

[1] Pour une présentation de cette loi et de la loi « Sarkozy II » qui lui succède en juillet 2006 , cf. le Guide de l’entrée et du séjour des étrangers en France du GISTI (La Découverte). L’introduction de la dernière édition de ce guide (2006) propose une brève mais lumineuse histoire des évolutions récentes de la législation sur l’immigration en France. Ce parcours fait apparaître, au-delà des fluctuations dues aux alternances des majorités au pouvoir, une tendance lourde à la précarisation des étrangers non communautaires résidant en France.

[2] Nicolas Sarkozy s’adressait ainsi le 29 septembre 2006 aux préfets réunis à l’Hotel Beauvau : « Je vous ai fixé un objectif de 25 000 éloignements cette année. Je constate que, lors des huit premiers mois, 14 304 étrangers ont été reconduits dans leur pays, auxquels s’ajoutent 650 retours volontaires aidés. C’est insuffisant puisque, à ce rythme, nous n’atteindrons pas les objectifs. Je ne sous-estime pas vos difficultés mais on voit bien que les résultats sont très variables d’un département à l’autre. Il est impératif que vous mobilisiez plus encore vos services. Claude Guéant [son directeur de cabinet NDR] réunira cet après-midi ceux d’entre vous dont les résultats ne sont pas suffisants ». Cf. lien 1

[3] Interview au Figaro, 11 mai 2005. Pour une citation complète cf. lien2.

[4] Selon l’expression de la Cour des comptes dans un chapitre de son dernier rapport consacré à la rétention des étrangers en situation irrégulière. Nous y reviendrons.

[5] Pour obtenir ce chiffre, nous additionnons la moyenne annuelle du nombre d’emplois concernés, environ 11 000 emplois, pour obtenir le nombre de postes employés de mi 2003 à mi 2007, soit 44 000. Puisqu’ environ 10 000 emplois représentent une dépense de 687 millions d’euros, alors 44 000 atteint le niveau d’environ 3 milliards d’euros.

[6] Selon l’expression de France terre d’Asile. C’est d’ailleurs dans ces termes que Nicolas Sarkozy justifie lui-même l’usage du chiffre : « 28 000 reconduites exécutées, un taux d’élucidation de 33,5 %, une baisse de 1 à 2 % de la criminalité en zone police et de 2 à 5 % du nombre de tués sur la route. Cela parle à tous les Français » (intervention devant les préfets, jeudi 28 septembre 2006 : Lien 3

[7] « Immigration irrégulière : forte hausse du budget des reconduites à la frontières en 2007 », Les Echos, 28 septembre 2006.

[8] Projet de loi de finances pour 2007 : Sécurité. Rapport général n° 78 (2006-2007) de M Aymeri de Montesquiou au nom de la commission des finances : Lien4.

[9] Cour des comptes, Rapport public annuel 2006. La rétention des étrangers en situation irrégulière : Lien5.

[10] La Cour des comptes relève que jusqu’à une période très récente, « dans plusieurs CRA, parmi les plus importants, les conditions sanitaires et d’hygiène réservées aux étrangers étaient très dégradées et constituaient parfois une véritable à la dignité humaine » (document cité, p. 416). La Cimade a par ailleurs révélé qu’un décret du 30 mai 2005 sur la rétention administrative incitait ainsi à prévoir dans les CRA des « matériels de puériculture adaptés », officialisant ainsi la possibilité d’expulser des familles. Cf. le Sixième rapport annuel de la Cimade sur la rétention administrative : .11] Indicateur du nombre d’éloignements effectifs, Budget « sécurité 2007 ».

[

[12] Lien : AgoraVox

[13] Lien Lien 9 : article « rafle ».

[14] Cf. « Expulsions : des états d’âme chez les policiers », Libération, 9 septembre 2006.

[15] 24,3% exactement selon l’indicateur du « taux de remise en liberté de personnes placées en rétention administrative par le juge des libertés et de la détention (JLD) pour vice de procédure imputable aux services de police » : cf. le Rapport général Projet de loi de finances pour 2007 : Sécurité, déjà cité.

[16] Source syndicale.

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Sortir de l’enlisement en « Afpak »

Plusieurs milliers de Marines américains, appuyés par quelques centaines de soldats afghans ont lancé ce jeudi une importante offensive dans la province du Hemland, un des principaux « sanctuaires » taliban. Parallèlement, le gouvernement de Washington lance un nouvel appel à ses alliés européens, pour qu’ils contribuent plus largement à la sécurisation de l’élection présidentielle prévue pour le 20 août prochain, et à la formation des forces armées et de police afghanes. Dans un rapport dont la publication il y a quelques jours est passée inaperçue, les députés français Jean Glavany (PS) et Henri Plagnol (UMP) dressent le bilan de la mission d’information sur « l’environnement géopolitique de l’Afghanistan », qui leur avait été confiée en octobre 2008 par la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

Présentant ce rapport « avec beaucoup d’humilité, l’histoire de ce pays complexe incitant à l’évidence à la modestie », les parlementaires français – qui considèrent, contrairement à certains de leurs collègues, qu’un retrait militaire du jour au lendemain est impensable – s’attachent à identifier ce qui pourrait constituer un « chemin pour la paix dans la région », au fil de vingt-cinq propositions dont on trouvera l’essentiel ci-dessous…

« Initialement, expliquent en préambule Jean Glavany et Henri Plagnol, l’intervention en Afghanistan devait permettre de combattre le terrorisme, mais elle a crevé une bulle sociale au Pakistan et révélé des fractures nationalistes tant en Afghanistan qu’au Pakistan ». Si bien que « la guerre de 2001 a amplifié une crise régionale qui frappe toute l’Asie du Sud ». Les parlementaires se réfèrent au chercheur Gilles Kepel, pour qui « c’est le djihad dans l’Afghanistan des années 80, financé par les Etats-Unis et les Etats arabes du Golfe persique pour vaincre l’armée rouge, mais aussi pour offrir une alternative antisoviétique et philoaméricaine à la révolution iranienne en pleine expansion, qui a intégré cette région au Moyen-Orient au sens large. Et ce sont Oussama Ben Laden et Ayman Al Zawahiri, enfants de l’Arabie et de l’Egypte, passés par ce djihad, qui ont relié à leur manière l’Afghanistan, le Golfe, la Palestine avec les Etats-Unis dans le cataclysme du 11 septembre ».

Humilité et modestie n’étant pas résignation, et le conflit en Afghanistan et plus largement en Asie du Sud engageant la paix du monde, les deux parlementaires affirment avoir « préféré prendre le risque d’émettre des propositions qui dégagent une logique de paix, plutôt que de rédiger une énième analyse destinée aux nobles étagères des vieilles institutions républicaines ». Avec un double souci : apporter une contribution au débat qui agite la coalition intervenant en Afghanistan ; et convaincre la représentation nationale ainsi que l’opinion françaises de la nécessité d’un changement de cap.

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Afghanistan-Pakistan, les fronts de l’insurrection
Cartographie : Cécile Marin, avec la participation d’Alain Gresh

Accusation de « croisade » Retour à la table des matières

Tout en reconnaissant que la nouvelle stratégie adoptée par la coalition internationale en Afghanistan – renforcement de l’armée afghane et « afghanisation » de la sécurité, distinction entre les objectifs globaux de la lutte contre le terrorisme et le conflit afghan, intégration de l’outil militaire à une approche globale de la situation, incluant les problèmes politiques, économiques et sociaux – « va dans le bon sens », les députés proposent de la compléter de plusieurs manières :

Proposition n°1 : Accompagner l’intervention de nos forces armées en Afghanistan d’un discours public à usage national et international, articulé comme suit :
- nous ne sommes pas une force d’occupation et nos soldats n’ont pas vocation à rester éternellement en Afghanistan. Nous partirons dès que l’Afghanistan ne sera plus un sanctuaire du terrorisme international.
- nous ne sommes pas, non plus, en croisade contre l’Islam. Celui-ci est la deuxième religion de France et la République laïque en protège le libre exercice.
- nous sommes en Afghanistan pour aider ce pays et ce peuple ami à construire son avenir sur la paix, la démocratie et le développement.

Proposition n°3 : Adresser un message, au sein de la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) à l’armée américaine afin d’éviter absolument les bombardements « aveugles » qui font tant de victimes civiles et qui provoquent un sentiment de révolte et de rejet à l’égard de la coalition. Toute destruction doit être suivie le plus rapidement possible d’une phase de reconstruction et d’assistance mettant en valeur l’action de l’armée et de l’Etat Afghan afin de légitimer le gouvernement dans la population.

Proposition n°4 : Imposer d’éviter tout comportement de nature à accréditer le discours taliban sur la « guerre de civilisations ». Par exemple, il faut proscrire toute atteinte à la laïcité du type de la très regrettable « diffusion de bibles » qui a eu lieu il y a quelques semaines.

Proposition n°5 : Donner la priorité à la communication à destination des populations sur le terrain, en investissant davantage sur les modes de transmission traditionnels (« chouras », tracts parachutés dans la langue quotidienne, émetteurs radio sur courte distance, etc…) pour contrer le monopole des talibans dans les villages les plus reculés.

Proposition n°6 : Convaincre davantage de pays de religion musulmane d’envoyer des troupes pour mieux démentir toute accusation de « croisade ».

Talibans modérés Retour à la table des matières

Proposition n°9 : Rayer du langage officiel et diplomatique le concept de « taliban modéré ». Cette expression n’a pas de sens car elle n’a pas de traduction concrète. Nous suggérons de parler des « insurgés » : c’est à eux, dans leur diversité, que doit s’adresser le processus de réconciliation nationale.

Proposition n°10 : Réserver la participation au processus de réconciliation nationale (indispensable pour solidifier les bases afghanes d’un règlement de paix), aux Afghans eux-mêmes, fût-ce par l’entremise d’une médiation extérieure comme la médiation saoudienne. La communauté internationale doit se borner à rappeler des exigences minimales concernant les droits fondamentaux ou la démocratie, notamment l’attention aux droits de la femme afghane (comme en témoigne le triste épisode du vote de la loi chiite). Sans prétendre imposer des « standards occidentaux », nous devons affirmer le droit à l’éducation des jeunes filles afghanes.

Proposition n°11 : Dans le prolongement de la Conférence de Paris, créer un groupe de contact permanent comprenant tous les pays frontaliers de l’Afghanistan ainsi que l’Inde, ayant pour objet de traiter les sujets d’intérêt commun, comme la sécurisation des frontières et des douanes, la lutte contre le trafic de drogue, et les infrastructures de transports de biens, de marchandises et d’énergie.

Proposition n°16 : Maintenir l’écart des salaires entre la fonction publique afghane et les organisations internationales à un rapport de 1 à 2 afin d’éviter la fuite des cerveaux vers les ONG et les organisations internationales.

Proposition n°17 : Aider l’Etat afghan à créer un institut régional d’administration pour former les gouverneurs de province et les cadres territoriaux.

Proposition n°18 : Lancer une mission de l’Inspection Générale de l’Agriculture chargée de définir une action continue et concrète pour aider les agriculteurs à abandonner le pavot, et pour étudier d’autres chantiers de développement rural (micro-projets et politique d’ensemble), qui doivent être lancés en s’adaptant concrètement à la réalité et la spécificité de l’agriculture de montagne afghane.

Guerre contre-insurrectionnelle Retour à la table des matières

Proposition n°20 : Offrir une assistance aux centaines de milliers de personnes déplacées par les conflits dans les zones tribales et de ne pas laisser le monopole des secours aux talibans. Le HCR doit également assurer la scolarisation des enfants des millions de réfugiés en Iran et au Pakistan.

Proposition n°23 : Soumettre l’aide militaire internationale apportée au Pakistan à un régime de conditionnalité liée à son usage véritable. Les échanges entre nos armées et l’armée pakistanaise doivent être intensifiés, notamment en ce qui concerne la formation des officiers supérieurs aux techniques de la guerre contre-insurrectionnelle. La France doit également proposer son savoir-faire pour la sécurisation du nucléaire, militaire et civil.

Proposition n°24 : Adresser un message collectif et officiel « des amis du Pakistan » au gouvernement de ce pays, pour l’avertir que son plus grand ennemi n’est pas, n’est plus l’Inde mais le terrorisme, et qu’il est temps qu’il adapte sa stratégie militaire à cette nouvelle donne. En particulier, il est temps que ses services secrets, l’I.S.I., cessent leur double jeu vis-à-vis des talibans.

Europe défaillante Retour à la table des matières

Les députés Glavany et Plagnol demandent également à l’Onu et à la FAIS de tout faire pour assurer la sécurité et le caractère « libre et loyal » du scrutin présidentiel du 20 août prochain, notamment en garantissant la délégation d’un très grand nombre d’observateurs.

L’Union européenne est invitée à subventionner une Ligue des femmes d’Afghanistan, pour soutenir la participation féminine à cette élection, à mettre un peu d’ordre dans sa politique [1] et à concrétiser rapidement ses engagements concernant l’envoi de gendarmes, afin de permettre la constitution d’un service de sécurité afghan adapté aux réalités des provinces rurales.

Les parlementaires invitent la France à « tenir ses engagements » à l’égard de l’Afghanistan, notamment en pérennisant le dispositif de veille, de médiation et d’animation qui se mettait en place à la faveur de la nomination en février dernier d’un Représentant spécial (de Paris) pour l’Afghanistan et le Pakistan [2].

Dans une de leurs propositions, les députés proposent en outre de « remplacer les références au conflit d’Afghanistan » par celle de « conflit en Afghanistan et Pakistan » tant les deux pays sont liés dans ce drame et tant le « coeur du problème est bien situé à la frontière des deux pays (la ligne Durand) ». Mais en évitant la terminologie « Afpak », selon eux « très mal ressentie par les peuples concernés ».

Philippe Leymarie, Le Monde Diplomatique

Notes

[1] Achever rapidement le « livre bleu » recensant l’ensemble des aides européennes, communautaires ou nationales ; désigner un interlocuteur européen unique ; assurer une meilleure visibilité à l’Union européenne, deuxième bailleur de fonds de l’Afghanistan comme du Pakistan, mais qui manque de « pilotage politique », au point – selon les parlementaires – d’être « défaillante ».

[2] Le député Pierre Lellouche, qui assurait cette représentation, vient d’être nommé secrétaire d’Etat aux Affaires européennes.

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Analyse : les fondements des luttes de pouvoir en Iran

La lutte au sommet dans les cercles dirigeants iraniens oppose deux factions ayant des conceptions radicalement différentes de la République Islamique, selon Muhammad Sahimi. D’un côté, les héritiers de Khomeiny, défenseurs d’une théocratie constitutionnelle, et de l’autre, appuyés par les Gardiens de la Révolution, des fondamentalistes que Khatami (*) qualifie de « traditionalistes à la pensée courte, restés à l’âge de pierre. » Pour ces disciples de l’ayatollah Mesbah Yazdi, « peu importe ce que les gens pensent. Ce sont des moutons ignorants ».

Le monde entier est fasciné par les événements qui se sont déroulés en Iran au cours des dernières semaines. Tout d’abord, on a assisté à une campagne électorale acharnée durant laquelle Mir Hossein Moussavi, le principal candidat réformiste, montait dans les sondages. D’énormes rassemblements ont eu lieu à travers l’Iran en soutien à sa candidature. Pour la première fois depuis la révolution de 1979, les iraniens et les expatriés semblaient être unis dans leur quête pour évincer le président Mahmoud Ahmadinejad.

Le 12 Juin, une heure après que le vote ait pris fin, le ministère de l’Intérieur iranien a appelé le quartier général de Moussavi pour l’informer qu’il allait gagner, et qu’il devait préparer une déclaration de victoire sans triomphalisme, afin de ne pas irriter les supporters d’Ahmadinejad. Puis soudainement, tout a changé. Plusieurs commandants des Gardiens de la Révolution de l’Iran (GRI) se sont rendus au siège de campagne de Moussavi et lui ont dit que sa campagne électorale était une sorte de « révolution de velours », et qu’ils ne l’autoriseraient pas à l’emporter. Ensuite, les résultats des élections truquées ont été annoncés, déclenchant les manifestations qui se poursuivent aujourd’hui.

Mais quel est le pouvoir réel à l’oeuvre derrière cette élection présidentielle truquée, qualifiée de « coup d’Etat électoral » par un porte-parole de Moussavi ? On considère généralement qu’en tant que commandant en chef des forces armées de l’Iran, le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, est le chef de ce coup d’Etat. Mais la question est plus complexe.

Depuis qu’il a été nommé commandant en chef des GRI, il y a trois ans, le major général Mohammad Ali Jafari a fait état de la « menace intérieure » contre la révolution islamique. Il a même réorganisé la garde pour qu’elle soit mieux préparée à faire face à toute révolte. En outre, quelques jours avant les élections du 12 Juin, le responsable de la direction politique des GRI, le Brigadier Général Yadollah Javani, a accusé Moussavi et d’autres réformateurs de tenter de lancer une révolution de couleur ( Moussavi a utilisé le vert comme symbole de sa campagne), et a averti que la garde « l’asphyxierait avant même qu’elle ne naisse ». Les auteurs de ce coup d’Etat sont en fait les membres du haut commandement des GRI. Ils représentent l’aile droite de la deuxième génération des révolutionnaires iraniens.

Cette seconde génération de révolutionnaires avait une vingtaine d’année à l’époque de la révolution iranienne de 1978-1979. Ils ont rejoint les GRI presque immédiatement après la Révolution et mené deux guerres féroces dans les années 1980 : contre les forces de Saddam Hussein, qui avaient envahi l’Iran en septembre 1980, et contre les forces des Moujahidines du Peuple, un groupe armé islamique de gauche qui s’était opposé au Shah. Lorsque les Moujahidines ont commencé à assassiner des dirigeants iraniens en Juin 1981, les jeunes révolutionnaires ont mené une bataille sanglante contre eux, les tuant par milliers, et les ont contraint à s’exiler en Irak, où il ont collaboré avec Saddam Hussein. Les Moujahidines du Peuple sont maintenant catalogués par le Département d’Etat comme une organisation terroriste.

Utilisant la guerre avec l’Irak comme prétexte, les jeunes révolutionnaires islamiques ont également aidé leurs leaders - l’ayatollah Khomeini, Akbar Hashemi Rafsanjani (qui a été élu à la présidence de l’Iran pendant deux mandats en 1989-1997 et reste un homme politique puissant), l’ayatollah Khamenei ( qui a été président dans les années 1980), et d’autres - à imposer une répression politique sévère en Iran, avec pour résultat l’élimination de la scène politique iranienne de tous les groupes politiques laïques, portant un coup terrible au développement de la vie politique du pays.

La guerre avec l’Irak a pris fin en Juillet 1988. Beaucoup de jeunes révolutionnaires islamiques ont soutenu l’exécution de milliers de prisonniers politiques de juillet à septembre 1988 ou sont restés silencieux et n’ont pas protesté. L’ayatollah Khomeiny est ensuite décédé en Juin 1989. Les jeunes révolutionnaires se sont alors scindés en deux camps.

Dans le camp de la gauche islamique on estimait que l’Iran avait besoin d’une politique d’ouverture pour mettre fin à la répression féroce des années 1980. De nombreux membres de ce groupe étaient issus de l’appareil de renseignement et étaient par conséquent parfaitement au courant de ce qui se passait dans la société et sentaient le danger d’une explosion sociale et d’une contre-révolution. Ce sont eux qui sont désormais les leaders du mouvement de réforme.

Les jeunes révolutionnaires du camp opposés étaient les conservateurs. Certains, comme le général Javani et le Général Jafari sont restés dans les GRI après la guerre. D’autres, venant des GRI, comme le président Ahmadinejad, le ministre de l’Intérieur Sadegh Mahsouli, et son principal adjoint Kamran Daneshjou , qui supervisait les élections, ont rejoint l’administration.

La mort de l’ayatollah Khomeini a eu une autre conséquence à long terme dont les effets se font sentir aujourd’hui. Elle a permis à un groupe islamiste réactionnaire de réémerger. Ce groupe, appelé la société Hojjatiyeh, avait été fondée dans les années 1950 et était farouchement opposé à la foi Bahai et à l’islam sunnite. Il avait même travaillé avec les services secrets du Shah pour lutter contre la propagation du communisme en Iran. Il s’était également opposé à la Révolution de 1979 et au concept de « Valaayat-e-Faghih » (la gouvernance des juristes islamiques) développé par l’ayatollah Khomeini, qui est le fondement de la constitution de l’Iran et du système politique. L’ayatollah Khomeini a interdit l’Hojjatiyeh en 1983 et avait déclaré à leur sujet qu’ils « ne peuvent même pas diriger une boulangerie, et encore moins un pays. »

Après sa réapparition au début des années 1990, l’appellation Hojjatiyeh n’a jamais été utilisée. Ses membres ont commencé a préconiser un gouvernement islamique dirigé par chef suprême non élu, au lieu d’une République islamique. Leur chef actuel est l’ayatollah Mohammad Taghi Mesbah Yazdi, un religieux réactionnaire partisan de la ligne dure, qui s’est ouvertement opposé à toute élection et est le chef spirituel d’Ahmadinejad.

L’ayatollah Mesbah, ainsi qu’il est appelé en Iran, a déclaré : « Peu importe ce que les gens pensent. Ce sont des moutons ignorants ». Il estime que le chef suprême est choisi par Dieu, et que la tâche des ayatollahs qui sont membres de l’Assemblée des Experts (un organe constitutionnel qui choisit le chef suprême) consiste à le découvrir. L’ancien président réformateur Mohammad Khatami a fait référence aux disciples de l’ayatollah Mesbah comme étant des « traditionalistes à la pensée courte, restés à l’âge de pierre. »

Parmi les disciples de l’ayatollah Mesbah, on trouve le ministre du renseignement Gholamhossein Mohseni Ejehei, Mojtaba Hashemi Samareh (un adjoint d’Ahmadinejad), et Ahmadinejad lui-même. En fait, tous les ministres du renseignement iranien depuis la Révolution ont été des élèves de l’ayatollah Mesbah et ont suivi son séminaire à Qom. Bon nombre des hauts commandants des GRI sont ses disciples. La milice Basidj, un groupe paramilitaire, contrôlée par les GRI a également été profondément pénétrée par ses disciples, de même que le pouvoir judiciaire. Depuis qu’il a été élu président en 2005, Ahmadinejad a utilisé à maintes reprises les mots de l’ayatollah Mesbah parlant de « gouvernement islamique d’Iran » plutôt que « République islamique d’Iran. »

Les hommes qui sont derrière ce coup électoral sont donc la deuxième génération de révolutionnaires, dont le chef spirituel est l’ayatollah Mesbah. Deux semaines avant les élections Mesbah a publié une fatwa secrète - dont le contenu a été révélé par certains membres du ministère de l’Intérieur - autorisant l’utilisation de tous les moyens pour réélire Ahmadinejad, donnant ainsi le feu vert pour le trucage des élections.

Mais quels sont les objectifs du coup d’Etat ? Il semble y avoir trois.

L’un est de purger l’ancienne première génération de dirigeants révolutionnaires, y compris le plus important d’entre eux, l’ex président Rafsandjani. Depuis qu’Ahmadinejad l’a battu lors de l’élection présidentielle très disputée de 2005, lui et ses partisans sont d’âpres ennemis de Rafsandjani et de ses partisans. Rafsandjani a fait savoir qu’il pense qu’Ahmadinejad porte préjudice aux intérêts nationaux de l’Iran en raison de sa politique étrangère, de sa rhétorique contre Israël et des déclarations incendiaires sur l’Holocauste.

Mais l’antagonisme contre Rafsanjani a également une dimension économique. Lui et sa famille sont fabuleusement riches et sont favorables à une économie moderne. Et tout comme Ahmadinejad a consolidé la mainmise des GRI sur l’Iran par la nomination de membres du Conseil des ministres, de gouverneurs de province, de généraux et de maires en provenance des rangs des GRI, il veut aussi consolider l’emprise des GRI sur l’économie iranienne. Sous son mandat, les GRI ont remporté plus de 10 milliards de dollars de contrats au cours des quatre dernières années. Les GRI veulent éliminer la concurrence de Rafsandjani et de ses partisans.

Dans son discours de « victoire » du dimanche 14 Juin, Ahmadinejad n’a jamais mentionné une seule fois l’ayatollah Khomeini ou la République islamique. Ainsi, tout comme Deng Xiaoping et ses successeurs ont conservé les photos de Mao Zedong et que Joseph Staline conservait celles de Lénine, tout en agissant contre ce que Mao et Lénine, avaient préconisé, la seconde génération de révolutionnaires conservera les photos de l’ayatollah Khomeini (ainsi que celles de Khamenei) tout en agissant contre ses enseignements, y compris le plus célèbre, « La mesure [ de l’acceptation d’un homme politique] est le vote du peuple ».

Le deuxième objectif du coup d’Etat consiste à rapprocher le pays d’un gouvernement islamique où des élections sans signification pourront être facilement truquées ou manipulées, ce qui détruira l’aspect républicain du système politique iranien. Cela est compris par les réformistes ainsi que par la grande la majorité du peuple iranien, et c’est pourquoi ils résistent à ces élections truquées. Mais les dirigeants du coup d’Etat ne s’attendaient pas à cette résistance.

Le troisième objectif est de commencer les préparatifs pour le remplacement à venir de l’ayatollah Khamenei, que l’on sait malade, par un homme qui a leur confiance. Rafsandjani préside l’Assemblée des Experts qui choisit le chef suprême. Étant donné son rôle important dans la Révolution et son influence, Rafsandjani va jouer un rôle crucial dans ce processus de succession. Ainsi, s’il peut être éliminé, cela ouvrira la voie à l’ayatollah Mesbah Yazdi, ou à l’un de ses disciples, pour devenir le guide suprême.

Il s’agit d’un tournant dans l’histoire contemporaine de l’Iran, et même du Moyen-Orient. Si la seconde génération de révolutionnaires réussit, l’Iran va entrer dans une période de répression politique extrême, qui rendra plus aisé pour le parti de la guerre et le lobby pro-israélien de faire pression pour tenter de convaincre l’opinion que la question du programme nucléaire iranien doit être résolue par des frappes militaires.

Mais si les protestations parviennent à faire annuler les élections truquées, les réformistes et les groupes démocratiques auront une occasion en or de rapprocher beaucoup plus vite l’Iran d’un système politique démocratique, ce qui sera crucial pour la stabilité du Moyen-Orient.

Muhammad Sahimi

Muhammad Sahimi est universitaire et enseigne à l’université de Californie. Il a publié de nombreux articles sur le programme nucléaire iranien.

(*) Une première version de cette publication mentionnait Khamenei comme étant l’auteur de cette citation. Nous prions les lecteurs de bien vouloir excuser cette erreur.


Publication originale Antiwar, traduction Contre Info

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samedi 4 juillet 2009

Le Portail «Orange» sonde la légendaire paresse des enseignants

Nous avons déjà signalé la propagande sourde distillée par des portails Internet apparemment inoffensifs (abstraction faite du déversement publicitaire qu’ils génèrent…) à travers le cas des grèves [1]. Cette fois, le portail Orange lance un vrai débat de société : « Les enseignants sont-ils plus absents que les autres ? ». Une question on ne peut plus « neutre », motivée par une « étude confidentielle évoquée par RTL ». Autrement dit, l’alliance de la fiabilité et de la rigueur.

Le portail Orange est un amalgame indistinct de services, d’ « informations » et de publicités. Un bandeau sur la sécurité routière en France côtoie celui d’un site destiné à retrouver ses anciens camarades de classe ; une réclame qui promet la bonne méthode de régime est voisine d’une distribution de sondages du conglomérat BVA-Orange-L’Express-France Inter. Plus bas, un bandeau déroule des brèves hétérogènes (en l’occurrence un crash aérien, un incendie d’appartement mortel, la chute des permis de construire, l’état de la dette publique, la hausse du chômage au Japon…), le tout complété par les « commentaires » des internautes. La liste n’est pas exhaustive…

Un sondage pour commencer…Merveille de démocratie d’opinion à la sauvette, au milieu de ce fatras trône la « question du jour ».

« Les enseignants sont-ils plus absents que les autres ? ». Quels « autres » au juste ? Les autres travailleurs ? Les autres fonctionnaires ? Les autres fainéants ? La question ne le précise pas. Quoiqu’il en soit, trois choix s’offrent au répondant sollicité. En premier, à gauche : « oui, c’est scandaleux ». Sur la même ligne, à droite : « Non, absolument pas ». En dessous, à gauche, « Ça s’explique ! ». De quoi faire rougir le moins scrupuleux des sondeurs.

Un modèle d’équilibre, donc, qui oppose à un seul « non » catégorique, deux « oui » – un méchant et un gentil. Le « absolument pas », qui récuse l’affirmation en « débat », peut difficilement contrebalancer le « c’est scandaleux » qui en propose un commentaire. Et il est impossible de choisir un « non » nuancé, du type « pas vraiment, mais il est scandaleux d’essayer de le faire croire avec ce type de sondages », de même qu’il est impossible d’être « sans opinion ». Mieux, la question posée passe à la trappe le fait que l’étude mobilisée ne concerne que les enseignants du primaire. Pourquoi s’embarrasser de précisions quand on veut faire simple ?

…Et un peu d’analyse pour aller plus loin

Le sondage n’est pas seul ; il est adossé à l’article suivant :

Les enseignants du primaire prennent deux fois plus de congés maladie que les salariés du privé : c’est ce qu’a révélé lundi une étude « confidentielle » évoquée par RTL.
Selon ce rapport, 45% des professeurs des écoles ont posé au moins un congé maladie pendant l’année scolaire 2007-2008, alors que « 22% des actifs en entreprise ont déposé un arrêt de travail l’an dernier ».
« Le pic d’absence est constaté à la fin du premier trimestre, avant et après les vacances de Noël, avec les grippes et les gastro-entérites saisonnières, et une remontée au mois de mai », explique le site de RTL.
Le débat est relancé : pour Patrick Gonthier, secrétaire général de l’Unsa Education, « les pressions sur les professeurs sont de plus en plus importantes » et cela explique aussi une partie des arrêts maladie.

Un métier de contact
Pour Dominique, principal d’un collège, également interviewé par RTL, « il y a à la base un manque de formation ». Il dit regretter l’époque où les enseignants avaient « des cours de morale professionnelle ».
Le nouveau ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, également porte-parole du gouvernement, a immédiatement répondu qu’il ne fallait pas « stigmatiser une profession ».
« On a plus de chances d’être malade quand on travaille en contact du public que lorsqu’on est seul dans son bureau », a-t-il expliqué, ajoutant que le problème était surtout « d’optimiser le niveau des remplacements ».
« Sur 10 jours d’absence d’un enseignant du premier degré, seuls 6 seraient réellement remplacés », indique LeParisien.fr.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Croyez-vous aux résultats de cette étude « confidentielle » ? Les enseignants en général sont-ils selon vous trop absents ? Ou ont-il de bonnes raisons de l’être ?
Aurélie Blondel (Bazikpress)

Puisqu’on trouve un peu de tout et de rien dans ce commentaire, résumons-nous. Une « étude confidentielle », qui ne permet de connaître ni le mode de production des chiffres (donc d’en apprécier la validité), ni le commanditaire de l’étude en question ; le fait qu’elle soit du pain béni pour le gouvernement est sans doute une coïncidence… Ensuite, pêle-mêle : une comparaison avec les « actifs en entreprise » qui érige du même coup la firme privée en norme. Une considération médicale qui suggère implicitement, en citant Noël et le mois de mai, des arrêts maladie de complaisance destinés à faciliter l’organisation des vacances. Un « débat relancé » : certes, grâce à cette « étude confidentielle » et providentielle, amplifiée par un sondage et un article qui, sous couvert de constater la résurgence d’un « débat », s’emploient à le légitimer, sinon à le créer de toutes pièces. Un seul syndicat convoqué, notoirement modéré, et dont l’explication avalise tacitement la question posée. Des enseignants qui n’ont pas été « formés à la morale professionnelle » (en seraient-ils à ce point dépourvus ?). Un nouveau ministre campé dans la position confortable de défenseur du corps enseignant ; difficile d’être intronisé de manière plus bienveillante, surtout quand les dizaines de milliers de postes supprimés dans l’éducation en quelques années ne sont tout bonnement pas mentionnés. Et une dernière question en forme d’alternative, dont les deux termes accréditent l’idée que, bonnes raisons ou pas, les enseignants sont plus absents que ces « autres » mystérieux.

Un onglet permet d’approfondir, si l’on peut dire, le sujet. Il permet de « consulter les arguments ». Là encore, la couleur est annoncée d’entrée de jeu. Premier intertitre : « Les parents dénoncent souvent l’absentéisme des enseignants ». Voilà un débat posé sur de bons rails ! Le texte commence ainsi : « Les absences des professeurs, très visibles, sont vivement dénoncées par les familles. Les chiffres révélés lundi relancent le débat ». Plus bas, diverses prises de position, comme celle d’Olivier, qui déplore un « problème de management » et réclame que le directeur d’établissement soit « véritablement le patron des enseignants ». Le deuxième intertitre, « Pourquoi les profs ont plus de raisons de s’absenter », homologue les chiffres sans sourciller.

Il faut attendre la fin du texte pour quelques nuances et contradictions. Mais là encore, c’est plutôt flou. On lit ainsi la nécessité de ne pas généraliser (« Des chiffres à considérer avec précaution »), mais on ne peut pas dire que le portail Orange ait été très pointilleux en la matière, ni ait mis en relief cette nécessité. On lit aussi que, selon le représentant de l’Unsa, cette étude « contredit d’autres études du ministère ». On ne saura pas lesquelles… mais on apprend par la bande que la pseudo-étude « confidentielle » (et qui désormais ne l’est plus tant que ça) pourrait ainsi provenir du ministère [2].

Les résultats du sondage, bien qu’approximatifs tant le graphique est grossier, ne sont alors guère étonnants. Le 30 juin au soir, le « Oui, c’est scandaleux » est largement en tête avec environ 55%, le « Non, absolument pas » est nettement derrière avec environ 25%, talonné par le « Ça s’explique » avec environ 20%.

Le lendemain de la « fuite », après avoir fait quelque bruit, l’étude commanditée par le ministère a les honneurs du journal de 20h de France 2. Mais, comme l’a relevé « Arrêt sur images », le reportage rend compte de la fragilité des chiffres qui émeuvent tant les commentateurs empressés et David Pujadas [3].

On attend avec impatience un sondage relançant le débat : « Tous les étrangers sont-ils des voleurs ? »

Grégory Salle, Acrimed
- Merci à Alain pour le signalement.

Notes

[1] Voir « Yahoo !, portail antigrève de l’UMP ? » et « Yahoo ! s’insurge contre la grève en Guadeloupe ».

[2] Selon un article du site LePoint.fr, « L’absentéisme des instits : l’auteur du rapport », ces chiffres « proviennent d’un audit commandé il y a un an par l’équipe de Xavier Darcos à un cabinet de consultants privé, Roland Berger ».

[3] Voir sur le site d’Asi : Daniel Schneidermann, "Absentéisme : petit problème de médiarithmétique".

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Les soucoupes volantes sont-elles un sous-produit de la guerre froide ?

Quiconque se pique de porter un regard distancié sur la « croyance aux soucoupes volantes » explique l’affaire comme des visions inspirées par le climat de guerre froide. Les témoins — et le public qui s’est passionné pour ces observations — sont, selon cette théorie, victimes du contexte politique de l’époque. En 1982, le psychiatre américain Otto Billig explique comment l’affaire Arnold (lire dans Le Monde diplomatique de juillet, notre dossier de cinq pages) survint « au beau milieu d’une vague d’inquiétudes à propos de la Russie » et que « dans un premier temps le public soupçonna les ovnis d’être des armes secrètes russes ou américaines (1) ». En 1999, l’historien des techniques Tom Crouch considère « la crise des soucoupes volantes [comme un] signe que l’intérêt des Etats-Unis pour le voyage spatial, assaisonné d’un brin d’appréhension suscité par la Guerre Froide, était en train de naître (2) ». Persuadé que les Soviétiques allaient envahir les cieux américains, le public se serait convaincu de la réalité de ces soucoupes.

Cette explication sociohistorique des événements relève de la plus haute fantaisie. Car, contrairement à ce qu’on raconte depuis 1947, ce n’est pas la guerre froide qui a déterminé l’histoire des soucoupes ; ce qui a orienté les débats et les récits, c’est bien plutôt un discours rationaliste, dont l’objectif était de départager pensée scientifique et pensée magique.

Revenons au témoignage qui « lance » l’histoire des soucoupes volantes : celui du pilote privé Kenneth Arnold, qui, au cours d’un vol, observe neuf engins inconnus dans le ciel. Il imagine effectivement qu’il s’agit d’engins testés par l’armée, ou de vaisseaux soviétiques : ils viennent de l’Alaska, donc potentiellement du détroit de Bering. Si le contexte de la guerre froide avait alors été déterminant, les explications se seraient inévitablement orientées vers une discussion des armes secrètes et des technologies soviétiques.

Or, dès ses premiers interlocuteurs, Arnold voit sa parole mise en doute. A-t-il bien vu ? N’a-t-il pas rêvé ces engins ? Et le titre du premier article qui va lui être consacré dans l’East Oregonian (25 juin 1947) est on ne peut plus clair sur la nature du contexte de la discussion : « Impossible, peut-être, mais pour ce pilote, voir c’est croire » (« Impossible Maybe, but Seeing is Believing, says Flyer »).

Dans les jours qui suivent, les commentaires journalistiques mettent en doute la réalité de l’histoire. Le 27 juin, une dépêche AP qui parait ce jour-là résume les interrogations : « La question de savoir si les disques brillants étaient des objets ou des illusions d’optique demeure incertaine (3). » L’immense majorité des commentaires est sur ce ton. Le 4 juillet, le porte-parole des Army Air Forces à Washington précise, en évoquant l’observation d’Arnold : « nous ne possédons pas le moindre élément qui permette d’accorder le moindre réalisme [à cette histoire] ». D’autres commentaires rapprochent l’affaire des soucoupes d’autres « mythes populaires », comme celui de la prétendue panique déclenchée par Orson Welles en 1938 avec son émission sur les martiens (lire « La guerre des mondes n’a pas eu lieu »). Tous les commentateurs se transforment en psychologues, sociologues, voire en psychiatres, dissertant sur la croyance du public et la place de l’irrationnel dans la société. Les scientifiques et militaires interrogés n’évoquent pas l’hypothèse d’engins espions soviétiques, mais s’étendent sur la psychologie de la perception, les hallucinations, la croyance au serpent de mer.

Début juillet 1947, le président Harry S. Truman répond à un journaliste à propos des soucoupes. « Auriez-vous une explication ? demande le reporter. — Seulement les explications que j’ai vue dans les journaux, répond Truman. Avez-vous jamais entendu parler du canular lunaire ? » Ce canular journalistique, appelé « Moon Hoax », a été publié en 1835 par le New York Sun. Son auteur avait attribué au célèbre astronome William Herschell la découverte, grâce à un télescope hyperpuissant, d’habitants de la Lune. L’affaire avait bien sûr été rapidement dénoncée. Nous sommes loin de la guerre froide !

Kenneth Arnold, le premier témoin, aurait préféré que le débat sur les soucoupes soit influencé par l’idée que les Russes aient pu inventer quelque nouvelle arme secrète. Si ses interlocuteurs l’avaient pris au sérieux, ils auraient cherché si les Soviétiques n’avaient pas envoyé des « missiles guidés » par-dessus les pôles. Malheureusement pour lui, des premiers pilotes qu’il a rencontrés jusqu’aux journalistes qui ont recueilli le récit de son observation, personne n’a pensé à la tension entre les deux grandes puissances, et son histoire fut cataloguée au rayon psychologie, psychiatrie et hallucinations.

Mieux : l’hypothèse de la « crédulité populaire » conditionne tellement le débat sur les soucoupes que Kenneth Arnold lui-même interprète la suite des événements à l’aide de cette grille de lecture, tant la discussion lui semble avoir quitté le domaine des échanges rationnels. Dans les jours qui suivent la publication de son observation, face à l’explosion du nombre de témoins, Arnold se dit que le pays est peuplé de gens crédules, près à voir des soucoupes partout. En 1952, il se souvient : « Après trois jours de ce brouhaha (hubbub), j’en vins à la conclusion que j’étais le seul qui ait conservé un peu de santé mentale. Dès lors, à en croire la multiplication des rapports à propos d’autres observations (…), il n’y aurait pas longtemps avant qu’on trouve une de ces soucoupes dans chaque garage. Pour mettre un terme à ce que je considérais comme une colossale plaisanterie (…), je me rendis à l’aéroport, je fis décoller mon avion et rentrai à Boise [dans l’Etat de l’Idaho] (4). »Le sociologue qui voudrait expliquer les soucoupes en évoquant le contexte de la guerre froide se contente de prolonger le discours d’une partie des acteurs, en oubliant de rendre compte de la situation dans son ensemble. Il commet la même erreur qu’un historien du Moyen Age qui s’interrogerait sur la croyance aux superstitions, sans s’interroger sur la construction du concept de superstition qui a permis ce discours sur la croyance — autrement dit qui oublierait de s’interroger autant sur l’« incroyance » que sur la « croyance » (5).

Pour montrer à quel point l’histoire des soucoupes est peu marquée par l’influence de la guerre froide, et beaucoup par l’idée d’un « grand partage » (6) entre science et croyance, il suffit de se reporter un an avant l’arrivée des soucoupes. En 1946, la presse internationale rapporte l’observation de fusées fantômes (ghost rockets) au-dessus de l’Europe du Nord. Cette histoire a souvent été reprise par les livres sur les ovnis comme une préfiguration de l’affaire des soucoupes (7). Mais un aspect très important de cette affaire a échappé à tout le monde : c’est la différence du ton employé à propos de ces ghost rockets en 1946 et des soucoupes en 1947. Alors que les soucoupes volantes sont interprétées d’emblée comme une croyance populaire, les fusées fantômes sont prises, elles, très au sérieux et interprétées comme des missiles V2 (8) récupérés par les Soviétiques et testés au-dessus de la mer Baltique. La presse est unanime : les observateurs ont vu ces fusées ; l’idée ne vient à personne de les remettre en question. Le Monde, au cours de l’été 1946, présente ces observations comme des faits, et non comme une croyance. Le contraste est saisissant. Si la guerre froide est bien présente, c’est au sujet des fusées fantômes, pas à propos des soucoupes.

Quand ils n’ont pas recours au climat de guerre froide, les historiens des ovnis évoquent souvent une autre influence, celle de la science-fiction, très populaire aux Etats-Unis à travers les pulps de science-fiction, ces magazines aux couvertures mélangeant monstres extraterrestres, pin-up et conquête de l’espace (lire « l’article de Serge Lehman », Le Monde diplomatique, juillet 2009). Ces magazines auraient préparé le public à croire à l’origine martienne des soucoupes. L’historien de l’aéronautique Curtis Peebles décrit l’histoire des soucoupes comme celle d’un mythe influencé par la science-fiction (9). Il est vrai que dès les premiers articles de presse parus sur l’affaire Arnold, des journalistes évoquent l’idée que ces engins puissent provenir d’une autre planète — généralement Mars. Mais en tirer la conclusion qu’ils étaient influencés par la science-fiction revient tout simplement à oublier de noter le ton sur lequel cette hypothèse est formulée. Loin d’être présentée comme une possibilité sérieuse, l’hypothèse des « hommes de Mars » (men from Mars) est évoquée dans le seul but de réduire le sujet à une croyance populaire. Il faudra attendre 1950 et un article rédigé par Donald Keyhoe dans True pour que l’hypothèse de visiteurs ET commence à être prise au sérieux, et même alors la presse inventera tout une série d’expressions pour ridiculiser le sujet, comme par exemple le terme « petit homme vert », little green man (10). Considérés comme une littérature pour adolescents, régulièrement dénoncés par les intellectuels, les pulps suscitent moins la croyance aux Martiens qu’un discours critique sur les prétendues croyances partagées par leurs lecteurs.

Evoquons un dernier épisode où se mélangent l’influence de la guerre froide et l’origine martienne des soucoupes. En 1948, le tout premier livre sur les soucoupes paraît. Il s’agit d’un roman écrit par un Anglais, Bernard Newman, qui évoque la découverte de soucoupes et de fusées, originaires d’une autre planète, écrasées en divers points du globe terrestre. La menace oblige les deux grands à se rapprocher. Influence des mythes technologiques et de la guerre froide sur l’auteur du roman ? Pas du tout : dans l’intrigue de Bernard Newman, ces fusées ne sont que des leurres, fabriqués par une internationale de savants voulant imposer la paix et exploitant la crédulité populaire pour diffuser l’idée d’un danger mondial. Encore une fois, les soucoupes sont réduites à un simple exercice sur la croyance.

Les historiens qui étudient les superstitions ou la sorcellerie savent qu’ils ne peuvent plus se contenter de s’interroger sur la croyance, mais qu’il leur faut se demander comment le concept de superstition a été construit, comment la sorcellerie a été l’objet de persécutions, dans un effort pour départager la « vraie » religion des fausses croyances . Avec l’histoire des soucoupes volantes, se pose le même problème. La question n’est pas « pourquoi les gens croient-ils aux soucoupes volantes ? » mais « pourquoi veut-on réduire ce sujet à être une simple croyance ? » Pourquoi, alors même que le débat générait du doute, a-t-on voulu réduire cette histoire à une « croyance populaire » ? L’énigme n’est pas du côté du public prétendument crédule, mais bien du côté des critiques rationalistes qui ont voulu voir de la croyance là où il n’y avait qu’une égale répartition de croyance et d’incertitude. Ce dont les soucoupes volantes témoignent, c’est de l’implantation de l’idée reçue selon laquelle « le public serait prêt à croire n’importe quoi », une croyance rationaliste qu’un simple retour sur les événements suffit à liquider.

Pierre Lagrange, Le Monde Diplomatique

(1) Otto Billig, Flying Saucers : Magic in the Skies. A Psychohistory, Cambridge, Schenkmann, 1982, p. 72, 73.

(2) Tom D. Crouch, Aiming for the Stars. The Dreamers and Doers of the Space Age, Washington, Smithsonian Institution Press, 1999, p. 119.

(3) "It is still uncertain wether the shiny discs (...) were objects or optical illusions" in The Associated Press, "Picture of ’7 Dots’ Proves Latest in Flying Disk Case", Oregon Journal, Friday, June 27, 1947, p. 8.

(4) Kenneth Arnold et Ray Palmer, The Coming of the Saucers, Boise/Amherst, 1952, p. 14.

(5) Pour une critique de l’approche asymétrique des superstitions, voir l’étude fondamentale de Jean-Claude Schmitt, « Les “superstitions” », in Jacques Le Goff et René Rémond, Histoire de la France religieuse. Tome 1, Paris, Le Seuil, 1988, p. 417-551.

(6) La notion de grand partage, classique en ethnologie, désigne l’idée qu’il existe une différence intellectuelle profonde entre la pensée occidentale et la pensée « primitive », une conception contre laquelle de nombreux ethnologues ont lutté, notamment Claude Lévi-Strauss, , et surtout Jack Goody dans La Raison graphique. La domestication de la pensée sauvage (Paris, Editions de Minuit, 1979). Chez nous, ce grand partage tente d’imaginer un fossé intellectuel entre la pensée scientifique et la pensée dite « pseudoscientifique ».

(7) Voir notamment la thèse classique de l’historien David Jacobs, The UFO Controversy in America, Bloomington, Indiana University Press, 1973, p. 36-37.

(8) Missiles balistiques intercontinentaux inventés pour le compte de l’Allemagne en 1938 sous la direction de l’ingénieur Werner Von Braun, lequel s’impliquera, après la défaite des nazis, dans le programme spatial américain.

(9) Curtis Peebles, Watch the Skies ! A Chronicle of the Flying Saucer Myth, Washington, Smithsonian Institution Press, 1999.

(10) Pierre Lagrange, « L’invention des petits hommes verts », L’Histoire, décembre 2006.

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Lobby pro-israélien en France : chronique d’une mort annoncée

A l’occasion de la parution de son dernier livre, l’historien Paul-Eric Blanrue a accepté de répondre à nos questions. Internet est un des moyens d’échapper à la censure démocratique et libérale qui consiste à promulguer la liberté sauf quand cette liberté dérange. Le dernier ouvrage de Blanrue, Sarkozy, Israël et les juifs, est ainsi publié par un éditeur belge et non diffusé en France par le diffuseur de cet éditeur, pas davantage que par les traditionnels éditeurs français de Blanrue.

Pourtant, il ne s’agit pas d’un livre tombant sous le coup de la loi française, ni d’un livre à caractère raciste. Dès lors, il faut se poser la vraie question de cette curieuse omerta : si Blanrue dérange, pourquoi ? Serait-ce parce qu’il raconte n’importe quoi ? Dans ce cas, il ne sera pas ainsi censuré. Parce qu’il commet quelques erreurs ? Qui ne commet pas d’erreurs ? Au demeurant, factuellement, son livre paraît si peu attaquable que ceux qui s’y sont essayés se sont cassés les dents ou ont produit des raisons peu raisonnables.

La réponse me paraît résider dans l’entretien qui suit, où Blanrue montre que la qualité de sa réflexion se situe très au-dessus des interventions des experts officiels des médias de France, d’Europe ou d’Occident (au sens étymologique, mais aussi au sens des pays de l’OTAN). On pourra aussi se procurer avec profit son ouvrage par Internet, au site suivant : http://www.oserdire.com/

1) Vous faites (justement) la distinction entre judaïsme et sionisme, quasiment pas entre sionisme et engagement pro-israélien. Pensez-vous vraiment que l’idéologie sioniste s’est dissoute avec la création d’Israël ou ne faut-il pas estimer que la création de cet Etat a renforcé le sionisme, avec (notamment) un nouveau combat : la défense des valeurs israéliennes ?

Blanrue : On peut gloser à l’infini sur la définition des mots, mais je préfère rester simple et concret. Le sionisme d’antan (disons celui de Herzl, qui consistait à créer un « foyer national pour les juifs ») n’est plus le même que celui d’aujourd’hui, ne serait-ce que parce qu’il y a eu entre-temps, en 1948, la création de l’État d’Israël. C’est un fait.

Certains universitaires construisent des théories sur le « post-sionisme ». Pour ma part, je considère que le vocable d’origine est toujours pertinent, puisque les militants pro-israéliens eux-mêmes l’utilisent et s’en revendiquent, comme la Wizo (Women’s International Zionist Organisation), la Fédération des sionistes de France, des personnalités éminentes comme Patrick Klugman, cofondateur de SOS Racisme et ancien président de l’UEJF (Union des étudiants juifs de France), ou encore, pour l’Amérique, un personnage tel que Joe Biden, l’actuel vice-président des États-Unis.

Maintenant, que mettre dans ce mot ? Je définis le sionisme présent comme l’idéologie politique de l’État d’Israël, étant compris comme l’État juif (ou des juifs), quels que soient les gouvernants qui se succèdent à sa tête. C’est une mystique laïque qui double la religion juive traditionnelle - ce qui amène, à juste titre, certains rabbins à se déclarer antisionistes, à l’image des religieux juifs de l’époque de Herzl qui avaient compris d’instinct la dérive qu’allait entraîner cette nouvelle idéologie. Le sionisme d’aujourd’hui réside donc selon moi, essentiellement, dans le fait de lier intimement son identité personnelle au destin de l’État juif. Il n’est ainsi nul besoin d’être d’origine juive pour être sioniste : on le constate avec les évangélistes américains, dont certains sont même de farouches antisémites qui nourrissent des attentes eschatologiques. Il faut ainsi reconnaître que la création d’Israël a considérablement renforcé le sionisme tel que je le définis, en lui conférant une orientation nouvelle, celle de renforcer l’assise d’un État et son expansion par tous les moyens.

2) Que pensez-vous du travail de l’historien Shlomo Sand, qui dissocie la mythologie sioniste s’appuyant sur les récits du Pentateuque de l’histoire factuelle, notablement différente (et plus compréhensible) ? Sand confirme en particulier deux processus capitaux : le judaïsme des premiers siècle chrétiens était prosélyte ; les origines des deux principaux foyers du sionisme émanent de ces conversions, via les Ashkénazes d’Europe centrale et les Sépharades issus pour partie de foyers germains. En gros, le judaïsme serait un monothéisme enraciné dans l’histoire occidentale plus qu’orientale…

Blanrue : Avant d’évoquer les travaux de Sand, il convient de rappeler qu’il est déraisonnable et absurde de réclamer la restitution d’un territoire prétendument perdu il y a 2000 ans : si chaque peuple entretenait de telles chimères, la géographie politique du monde serait bouleversée à chaque instant et une nouvelle guerre éclaterait à chaque seconde. L’intérêt des travaux de Sand est d’en appeler à la raison : il démontre que la revendication sioniste du « retour » est illégitime d’un point de vue factuel. À s’en tenir aux données historiques, les véritables descendants des juifs du Ier siècle sont les actuels Palestiniens.

On peut aller plus loin que Sand dans la déconstruction, pour employer le mot fétiche de Jacques Derrida ; je vous engage à lire, à ce propos, les livres de l’archéologue Israël Finkelstein, qui réduit à néant les prétentions historiques de la Thora (La Bible dévoilée, par exemple), ou ceux de l’universitaire Thomas Thompson (The Mythic Past, The Messiah Myth, etc.), qui démontre que le Temple de Salomon ou les aventures du roi David ne sont que de pieuses légendes compilées tardivement. « Monothéisme occidental », dites-vous : c’est à voir… Il n’y a certes pas de pureté des origines dans la religion juive. Orientale de prime abord, la religion juive antique est un phénomène syncrétique. Ainsi, la prétention de cette religion à être le berceau du monothéisme n’est pas acceptable d’un point de vue historique.

La Thora amalgame des mythes sumériens, égyptiens, mésopotamiens, sans oublier l’apport grec et perse pour ce qui est, précisément, de la construction du Dieu unique : dans la Thora, on ne passe que progressivement d’un polythéisme implicite, à tendance monolâtrique, à un monothéisme explicite. La tendance la plus universaliste du judaïsme, celles de Prophètes, a engendré le christianisme ; la tendance antigréciste a donné le judaïsme talmudique, qui s’éloigne du judaïsme mosaïque ancien et a créé une forme nouvelle de religion, celle des rabbins et des synagogues, qui aura tendance à se refermer sur elle-même. Les rabbins de l’époque médiévale ne lisent pas le Nouveau testament et n’ont qu’une faible connaissance de la civilisation chrétienne. « L’occidentalisation » de la culture juive est donc très relative. Le judaïsme des 2000 dernières années est aussi une ablation de « l’Occident ».

Sand, lui, parle de la fabrication du concept de « peuple juif ». C’est autre chose. Il démontre qu’il n’existe pas de « peuple juif » d’un point de vue objectif. Cette idée apparaît, comme le sionisme, à une époque récente et se forge dans le cadre « occidental ». Ce qui démontre que le concept de peuple juif n’a rien à voir avec celui de religion juive, plus ancienne et orientale-syncrétique.

Cela ne fait pas pour autant du judaïsme un occidentalisme. Pour moi, qui suis rationaliste, le judaïsme doit d’abord et avant tout être considéré comme une religion, contrairement à ce que prétendait Herzl hier ou BHL aujourd’hui, car c’est ce qu’il est objectivement. Herzl lui-même était agnostique et considérait que les croyances ancestrales de ce qu’il définissait comme son peuple, son ethnie ou sa race, ne constituaient qu’un outil de propagande utile destiné à encourager les juifs à quitter leurs pays pour rejoindre un « foyer juif » (qui n’était d’ailleurs pas forcément situé en Palestine à l’origine). Le sionisme a peu à peu effacé la religion juive des pères. L’Israël politique n’a pas sécularisé une religion : il l’a détournée de son sens.

3) On glose souvent sur le sionisme qui dominerait l’Occident, notamment les Etats-Unis et l’Union européenne. Le boycott de votre dernier ouvrage semble confirmer cette tendance. Le silence complice des instances occidentales lors de l’opération honteuse et sanglante de Gaza également. Pourtant, quand on analyse l’histoire du sionisme, on se rend compte que le sionisme a d’abord été créé par des hérésies protestantes comme les restaurationnistes. Vu votre connaissance des réseaux sionistes français, ne pensez-vous pas qu’il conviendrait plutôt de renverser l’analyse et de proposer que le sionisme est l’enfant – ingérable, capricieux et gâté – de l’Occident impérialiste ? Israël serait ainsi l’un des visages du néocolonialisme occidental et l’une des incarnations territoriales de cet impérialisme occidentaliste travesti en libéralisme universaliste. Israël manifesterait sans doute un comportement égocentrique et indépendant, mais les Occidentaux se serviraient au moins autant d’Israël que l’inverse ? La servilité des Occidentaux s’expliquerait moins par la lâcheté ou la subordination que par la complicité, voire la manipulation… À l’appui de cette thèse, mentionnons le refus récent de l’administration Obama de suivre les Israéliens sur le terrain d’une guerre préventive contre l’Iran : on a constaté le résultat…

Blanrue : Il n’y a pas à douter 1° que le sionisme est la création de son époque, celle du « fait national » et du colonialisme du XIXe siècle, 2° que sa naissance a lieu en Europe et 3° enfin que le judaïsme n’en est pas la seule composante. L’esprit colonial européen l’a donc bercé. Le sionisme se résout-il toutefois à n’être qu’une extension de l’esprit colonial européen ? Le sionisme est certes une tentative d’imiter le mouvement colonial européen. Il a été appuyé à cet égard par l’une des principales puissances coloniales, la Grande-Bretagne, à des fins politiques. On remarquera en revanche que c’est une forme originale de colonisation, sans métropole, qui la distingue radicalement des autres formes de colonisations européennes. Par ailleurs, le concept « d’Occident » est depuis longtemps périmé : je ne vois pas quels intérêts ont en commun la France et les États-Unis (que certains voudraient confondre dans la trop vaste et trop vague notion d’Occident) sur la question d’Israël, ni en quoi Israël est un relais de l’Europe au Moyen-Orient ou contribue à y défendre ses intérêts.

Cette vue de l’esprit était celle de Herzl, qui cherchait à convaincre les financiers de l’aider dans son projet de conquête en leur promettant que son pays de cocagne serait le « bastion avancé de la civilisation contre la barbarie » : ce n’est pas pour autant que son slogan publicitaire correspond à la réalité ! En fait, on remarquera que les mouvements de capitaux se font plutôt de l’Europe ou de l’Amérique vers Israël que l’inverse. Les États-Unis ont un intérêt géostratégique certain dans la région, inutile de le démontrer à nouveau : Israël leur permet de contrôler le gaz et le pétrole au Moyen et au Proche-Orient. Mais l’Europe ? Songez, par exemple, aux sommes faramineuses que l’Allemagne doit payer comme répération aux rescapés des camps de concentrations réfugiés en Israël : à quoi cela lui sert-il ? N’oublions pas que la servilité des « occidentaux » à l’égard de l’État juif, pour reprendre votre expression, s’explique en majeure partie par la Seconde Guerre mondiale et l’immense sentiment de culpabilité qui s’en est suivi, nourri chaque jour par l’idéologie sioniste, dont les relais, face à toute contestation, procèdent à la reductio ad hitlerum afin d’écraser leurs adversaires comme des mouches. L’Union des patrons juifs de France (UPJF) promeut déjà l’idée d’une loi « Martin Luther King », qui vise à assimiler légalement l’antisionisme à l’antisémitisme. C’est totalement aberrant.

Pour en revenir à l’objet de mon livre, je montre que Nicolas Sarkozy a utilisé les réseaux sionistes pour réaliser ses ambitions politiques : de manière démagogique, il a repris les thèmes de Le Pen pour être élu à la présidence en 2007 et s’est assuré une immunité en s’associant avec le lobby pro-israélien américain et ses relais français, qui l’ont préservé de toute attaque d’envergure sur ce plan. Ces réseaux sont devenus son plus ferme soutien. Résultat : aujourd’hui, Sarkozy va encore plus loin qu’Obama dans la critique d’Ahmadinedjad ou dans la vénération d’Israël. Il est devenu, avec une guerre de retard, un « Bush à la française », comme l’a dit récemment l’hebdomadaire Marianne. Mais en quoi la France est-elle gagnante dans cette politique ? Elle subit elle aussi les pressions sionistes de toute sorte. Ses hommes politiques reçoivent des consignes des associations pro-israéliennes, qu’il ne leur serait pas pardonné de ne pas respecter scrupuleusement. Où est passée notre indépendance nationale, notre souveraineté ? La politique de Sarkozy, fracture dans l’histoire de la France contemporaine, conduit notre pays dans le mur en l’associant à la politique irrationnelle de l’État juif qui a besoin de guerres pour assurer sa cohésion interne et qui tente de résister à la décadence en s’auto-illusionnant sur sa force. La politique précédente des gouvernants français, dénoncée comme « arabe » par ses ennemis, mais qui était en réalité neutre, prudente et équilibrée, était plus conforme aux intérêts de notre pays, ainsi qu’à la justice et à la morale.

4) Pour poursuivre dans cette veine interprétative, ne croyez-vous pas que le sionisme serait une sous-idéologie, un hybride entre communisme et libéralisme (pour synthétiser) et que le vrai ennemi de la liberté ne serait pas cette sous-idéologie, mais ce que le géopoliticien Hillard a appelé le mondialisme par distinction avec le processus de la mondialisation ? La mondialisation suivrait le cours de l’histoire humaine, qui tend vers la globalisation et l’expansion, quand le mondialisme serait cette idéologie issue des cercles appelant à stopper le processus d’expansion au niveau de la domination du monde.

Blanrue : Le sionisme est le premier mouvement « rouge-brun » de l’histoire. On y trouve en son sein des extrémistes de gauche charriant le mythe des kibboutzim et des ultra-orthodoxes de la droite radicale. C’est la mystique d’Israël comme État juif qui les maintient tous unis. Pour autant, je ne définirai pas le sionisme comme une hybridation, mais plutôt comme un système dégradé et contradictoire qui ne tient en place que dans la glorification d’une entité artificielle « déifiée » qui ne perdure que grâce à la recherche d’un ennemi commun à abattre, qui permet de gommer les antagonismes internes à effet centripète. Dans ce cadre, l’idéologie mondialiste est à la fois le meilleur ami et le pire ennemi du sionisme. L’ami, car Israël reste un État à part, qui se dit prêt à accueillir tous les juifs du monde, quelles que soient leur nationalité d’origine, avec une « loi du retour » beaucoup large que la notion mosaïque, puisque, depuis 1970, elle est étendue « aux enfants et petits-enfants d’un juif, à son conjoint et au conjoint d’un enfant ou d’un petit-enfant d’un juif ». Ennemi, car le métissage des jeunes générations et la démographie galopante de Palestiniens sont des phénomènes qui vont irrémédiablement entraîner l’État juif sur la pente du déclin, comme le note Jacques Attali, qui lui accorde encore un maximum de 50 années d’existence. Je crois qu’il est optimiste.

5) Récemment, les élections européennes françaises ont suscité un certain débat avec la liste antisioniste de Dieudonné et Compagnie cantonnée en Ile-de-France (bel exemple de parisianisme fort peu républicain !). Cette liste a connu un succès certes fort mitigé, mais moins étriqué que ce qu’on avance souvent. Pensez-vous vraiment que l’antisionisme puisse incarner un programme politique cohérent, notamment en France ?

Blanrue : Pour le moment, on n’a pas vu de programme antisioniste réellement cohérent, mais plutôt un mouvement d’humeur catalysant un ras-le-bol face aux prétentions politiques et aux privilèges des représentants de la communauté juive (dîner du CRIF, loi Gayssot et autres), qui entendent parler au nom des juifs, alors qu’ils n’en représentent au mieux qu’un sixième et travaillent essentiellement à la promotion du sionisme sans se soucier des intérêts réels de leurs coreligionaires. Au bilan, les résultats des urnes sont mitigés. Le vote semble plus ethnique que proprement idéologique. J’ignore si aujourd’hui, dans notre société telle qu’elle est, une liste purement antisioniste a quelque chance de succès. Pour susciter l’engouement populaire, un programme positif me paraît nécessaire. Il est certain, par exemple, que des personnalités remarquables comme Roland Dumas ou Dominique de Villepin n’ont pas eu à se revendiquer de l’antisionisme pour réussir à maintenir la souveraineté nationale lorsqu’elle était en péril face aux prétentions d’Israël.

6) Vous donnez quelques conseils aux sionistes pour éviter de possibles violences vengeresses à l’avenir. Pourtant, depuis l’assassinat de Rabin en 1995, la politique israélienne n’a cessé de connaître une surenchère dans la violence et le bellicisme, au point que Sharon a été détrôné dans le paroxysme néo-colonial qu’il incarnait (souvent) par Netanyahou et son improbable ministre des Affaires étrangères. Un LaRouche aux Etats-Unis (énième bouc émissaire accusé d’antisémitisme) explique qu’Israël est pris dans une spirale autodestructrice, contrairement à l’erreur d’optique qui considère la violence israélienne comme toute-puissante, notamment dans la région du Proche-Orient. A l’aune de cette fuite en avant, que pensez-vous de l’alternative à la guerre perpétuelle qui est présentée comme la solution de la sagesse et du progressisme et qui appelle à la création de deux Etats, l’un israélien et l’autre palestinien ? N’est-ce pas une gageure proposant un néo-apartheid moralement inadmissible et concrètement inapplicable ? Soit une fausse solution permettant de différer la résolution d’un vrai problème ?

Blanrue : La proposition des « deux États » comme solution au conflit israélo-palestinien n’est déjà plus tenable. Stéphane Hessel, y a déjà répondu. Dans mon livre, je cite cet ancien déporté à Buchenwald, l’un des « pères » de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, qui a déclaré à la fin de 2008 : « À la suite de ce qui s’est passé depuis l’évacuation des colonies israéliennes à Gaza, depuis l’enfermement de ce petit territoire qui n’a plus de contacts avec le monde extérieur, depuis qu’il y a le Hamas d’un côté et le Fatah de l’autre, la seule solution qui apparaissait raisonnable et possible des deux États –israélien et palestinien – vivant côte à côte à la suite d’une négociation, n’est plus d’actualité. Tous nos interlocuteurs sur place nous ont dit : “ C’est out ! Ce n’est plus possible !“ Pourquoi ? Essentiellement à cause de la façon dont les Israéliens ont continué à coloniser la Cisjordanie et n’ont rien fait pour faciliter le travail de Mahmoud Abbas. Aucun de ces problèmes n’ayant évolué ces dernières années, la solution de deux États est devenue caduque. » Il n’y a rien à ajouter.

7) Qu’est-ce que l’antisionisme ? Se montrer antisioniste, est-ce souhaiter la disparition d’Israël ? Si l’antisionisme ne correspond pas à cette dernière option mentionnée, ne doit-on pas en conclure que le sionisme et le pro-israélisme ne correspondent pas, en tout cas tout à fait ?

Blanrue : Il y a autant de types d’antisionistes que de sionistes. Je ne connais personne qui souhaite la disparition physique de l’État d’Israël, et sûrement pas le président Ahmadinedjad dont on a détourné les paroles de leur véritable sens (pour lui, le « régime d’occupation en Israël » devra « être effacé des pages du temps », ce qui n’a rien à voir avec l’élimination d’un État). En revanche, l’un des points communs des antisionistes, c’est de ne pas se satisfaire de la situation qui règne en Israël et à laquelle on nous contraint d’assister en France sans qu’on ait le droit de la critiquer sous peine de nous faire qualifier de noms passibles du tribunal correctionnel. L’une des définitions possibles et raisonnables de l’antisionisme tiendrait, pour reprendre le terme utilisé par Jimmy Carter, dans le fait ne pas accepter qu’Israël continue d’être un État juif pratiquant une politique d’apartheid.

8) Ne pensez-vous pas que la toute-puissance unilatérale du sionisme cache l’affaiblissement obvie, quelque chose comme le chant du cygne de cette idéologie et de la politique pro-israélienne ? La crise systémique actuelle, qui est tout sauf terminée, affecterait en premier lieu les intérêts sionistes – le sionisme comme l’arbre qui cache la forêt mondialiste. Le rempart moral de l’antisémitisme n’empêche plus aussi efficacement qu’autrefois les protestations (de plus en plus nombreuses) contre les dérives et les abus, notamment lors des dernières manifestations de la politique israélienne. Les défenseurs du sionisme sont de plus en plus contestés, surtout les inconditionnels, comme BHL et Consorts, qui passent de plus en plus pour des propagandistes, parfois clairement mensongers (voir notamment le drolatique épisode de BHL en Géorgie).

Blanrue : Le sionisme touche à sa fin. Tous les indicateurs montrent que nous sommes à un tournant de l’histoire. C’est pourquoi les sionistes sont si nerveux, commettent tant d’impairs et sont dans une politique de fuite en avant désespérée. Si je prends mon cas personnel, le fait que l’on ne me laisse pas la parole en France, qu’on « black-oute » mon livre (le diffuseur français de mon éditeur belge a refusé de le distribuer dans les librairies françaises, alors qu’il n’est ni interdit ni poursuivi), est révélateur du délabrement du sionisme français, qui est paradoxalement au pouvoir depuis Sarkozy.

Aux États-Unis, le lobby pro-israélien est encore fort et sûr de ses prérogatives, même si l’affaire Madoff l’a quelque peu ébranlé : du coup, il laisse un espace de liberté à ses opposants. En France, les réseaux pro-israéliens, certes influents, sont dans un état de décrépitude avancée, s’étripent et doutent d’eux-mêmes, avouant ainsi leur faiblesse latente : voilà pourquoi ils laissent moins de liberté d’expression à leurs adversaires. Ils craignent qu’on montre en plein jour leurs incertitudes, leurs égarements, qui sont autant de signes avant-coureurs de leur défaite annoncée. Je leur demande de reprendre l’initiative, puisqu’ils ont contribué à mettre au pouvoir leur homme-lige, et de nous démontrer qu’ils ont encore capables de supporter la discussion. C’est pourquoi j’appelle, dans mon ouvrage, à une nouvelle « nuit du 4 août » : que les privilégiés, mis en difficulté, renoncent à un certain nombre de leurs privilèges et prouvent qu’ils sont enfin prêts à faire baisser des tensions qui ne peuvent qu’être préjudiciables à terme pour la communauté qu’ils sont censés représenter ainsi qu’à la nation tout entière. « La régénération nationale exigera la destruction de nombreux privilèges », écrivait Che Guevara. Cet enseignement est plus que jamais à méditer !

Entretien réalisé par Koffi Cadjehoun
http://aucoursdureel.blogspot.com/2009/06/entretien-avec-lhistorien-paul-eric.html

VOIR AUSSI
Sarkozy ou la souveraineté nationale en péril ? Entretien avec Paul-Éric Blanrue
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=14154

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vendredi 3 juillet 2009

Limites du mouvementisme

On entend parfois les vieux militants conter nostalgiques la gloire des « mouvements » passés. Sans remonter plus loin, il y a eu des époques fastes comme la fin des années 90 (CIP en 1994, grèves de décembre 1995, mouvement des sans-papiers de 1996-97, mouvement des chômeurs fin 1997-début 1998) puis le creux pratiquement jusqu’à la mobilisation lycéenne de 2005, suivie des émeutes de novembre et du mouvement anti-CPE cette année (passons sur les journées syndicales contre la réforme des retraites de 2003). Entre temps, des modes permettent de continuer à s’agiter : expulsions, squats, prisons, nouvelles technologies (OGM, biométrie, à présent les nanos) sont par exemple les sujets de contestation, dans l’ordre ou le désordre, mêlés ou pas. De « mouvement » en « mouvement », de lutte thématique souvent chargée de racket émotionnel (urgence, rapports personnels, impuissance face au monstre) en lutte-parcellaire-faute-de-mieux, le militant pourrait ainsi presque aller jusqu’à la retraite, satisfait du devoir accompli.

Et pourtant, quelque chose ne tourne pas rond ces derniers temps sur la planète mouvementiste : beaucoup ont suivi les feux de la révolte de novembre en spectateurs, avant de constater qu’ils étaient bien démunis quant à leur contribution possible. Puis, lorsque le mouvement anti-CPE a impliqué bien plus que les étudiants, avec l’entrée en scène des lycéens et d’une frange plus ou moins nombreuse et organisée (selon les villes) d’individus énervés venus simplement en découdre ou foutre la zone, nombre de militants ont tenté d’appliquer leurs recettes traditionnelles (assemblée, tracts, occupation, cortège, appels) [1], mais avec bien peu de succès.

Ce qui leur donnait habituellement une raison d’agir, radicaliser le mouvement, mettre à l’épreuve leurs modes d’organisation et leurs mots d’ordre, se divertir certainement, engranger des forces pour la suite aussi, a semblé souvent dépassé par le mouvement réel.

Et pourtant, à l’heure où les feux de novembre se diffusaient des périphéries de Paris aux centres urbains de Lille ou Toulouse, des métropoles aux petites villes, des voitures aux commissariats, transports en commun, écoles, postes et entrepôts, les idées d’intervention près de chez soi pour participer à la fête en cours ne devaient pas manquer. Mais encore faudrait-il ne pas réserver le monopole de ces révoltes à une catégorie sociale fantasmée, forcément extérieure à soi, ni à un seul mode d’action, forcément de masse ou de communauté de non-vie. Les petits groupes mobiles ne sont inaccessibles qu’à la personne atomisée, pas à l’individu et ses compagnons. Le feu et ses cibles ne sont pas encore brevetés, ni exclusifs des autres armes classiques de la subversion (du sabotage à l’affiche, du détournement à l’agitation sur la voie publique). De même, à l’heure où le rapport de force contre le CPE se jouait essentiellement dans la rue, où la spontanéité présidait les manifs sauvages, où les différents blocages de l’économie n’étaient pas uniquement conditionnés par le nombre, où la prise de la rue offrait souvent des possibilités inédites, mettre l’accent sur des assemblées/occupations (assemblées étudiantes puis EHESS et suivants) a caricaturalement montré les limites des formes d’auto-organisation classiques de la frange « mouvementiste ».

L’assemblée (souvent couplée à une occupation) peut en effet être aussi bien un outil supplémentaire que se donnent des individus qui s’associent dans la lutte en vue d’une pratique commune ou coordonnée, voire pour se rencontrer avant de continuer à s’éprouver dans l’action, ou à l’inverse n’être qu’une forme passe-partout de laquelle devraient surgir miraculeusement tout à la fois les affinités à partir de la simple accumulation d’individus, l’organisation des tâches à accomplir dans le mouvement (en plus du temps et de l’énergie investis dans l’occupation elle-même), voire même un discours commun, souvent a minima puisque produit par consensus.

On a ainsi pu assister parfois à ce renversement qui a fait d’une assemblée non plus un moment de confrontation/coordination de praxis, mais un organisme décisionnel : si une minorité décidée avait pu seule bloquer une université, c’est pourtant l’assemblée qui par la suite décidait au nom d’une quelconque souveraineté de laisser travailler l’administration ou de débloquer les lieux (temporairement ou définitivement), décision qu’on ne pouvait légitimement bafouer sous peine de fascisme aggravé. On a aussi pu assister à d’autres assemblées, dont l’unique objectif semblait être leur propre existence et leur répétition sans fin, dès lors qu’elles étaient réduites de fait à de simples échanges de points de vue déconnectés de toute volonté de pratiques.

La caricature parisienne de la forme « assemblée » a surtout été ces assemblées étudiantes ouvertes à tous... les étudiants non-bloqueurs, bureaucrates ou désireux de continuer leur train train, en présence des vigiles ou tolérées là où la présidence le voulait et à ses conditions (horaires, choix des salles/amphis pour des « questions de sécurité », non-fumeurs,...). L’assemblée y a jusqu’au bout été une fin en soi, une auto-mise en scène blasée de la légitimité, de la respectabilité citoyenne (votes, tours de parole, ordres du jour, comptes-rendus, bureau) qui occupait l’essentiel de son temps, déléguant à d’obscures commissions enjeux des luttes de pouvoir l’organisation des fameuses « actions » (les blocages ou prises de rue sauvages et statiques) auxquelles tout bon étudiant anti-CPE se devait de participer en en sachant bien peu.

S’étaient incarnées et exprimées là toute la pratique démocrate de la soumission à la dictature du nombre, du respect et de la fausse égalité des deux côtés de la barricade (bloqueurs et anti-bloqueurs, casseurs potentiels et services d’ordre syndicaux), et toute la mise en application du dispositif citoyen d’une société civile forcément imaginaire (sans classes, sans désirs négatifs de destruction et d’utopies révolutionnaires) qui tirerait d’une légitimité en construction —donc fragile, à préserver et élargir— son droit à exiger d’un gouvernement moins légitime le retrait du CPE. Il n’est dès lors pas surprenant que les militants des différentes chapelles du gauchisme et du syndicalisme, même rouge et noir, n’aient pu y tenter que d’étendre généralement en vain la liste des revendications, ou de se créer une base par un activisme démonstratif, rejouant aux ingénus le coup de l’opposition entre « démocratie directe » et « fausse démocratie » : derrière ce mauvais jeu de mot se cache en effet toute leur ambiguïté de bureaucrates, aspirants gestionnaires de quelque chose, du moment que ça vient de la masse, d’en bas plus ou moins à gauche.

Les brèves assemblées de l’EHESS occupée (du 20 au 24 mars) ont représenté l’autre caricature de cette forme « assemblée » comme fin en soi, cette fois non plus comme mini-parlement singeant celui de la domination, mais comme instrument creux et fétichisé, volonté d’auto-organiser ex-nihilo ce qui ne pouvait (et ne voulait ?) l’être.

L’assemblée comme outil de la lutte de classe prenait généralement corps et intérêt lorsque des individus auto-organisés en ressentaient la nécessité, en vue de se coordonner, d’échanger leurs expériences concrètes, de confronter leur praxis. C’était dans ce cas un outil qui se rajoutait aux autres, et notamment à tout le jeu des rapports informels tissés avant puis autour de l’assemblée. Cette force supplémentaire, dans une perspective anti-autoritaire, ne constituait de plus pas un agrégat supérieur aux groupes affinitaires, en ne s’exprimant pas en son nom, en n’ayant aucune possibilité de décision et en n’ayant pas pour objectif le nombre.

Il aurait pu en être ainsi de l’assemblée de l’EHESS, si des contenus s’étaient auparavant dégagés dans ce mouvement, permettant de se confronter sur des pratiques déjà existantes (ou des volontés de) et sur des bases théoriques communes au sein de la partie non-étudiante du mouvement. Mais ce n’était pas le cas, et cette assemblée/occupation n’a plus eu qu’à devenir une vaste foire où chacun venait vendre sa soupe. Esquisse de quelques possibles non advenus :

Plutôt que de radicaliser d’abord le « CPE non, on veut un vrai CDI » en « ni CPE, ni CDI », ces bases communes auraient pu ainsi être de développer une critique frontale du travail (du type « on veut pas bosser du tout »), couplée à d’autres modes de réappropriation que la dépouille. La dernière assemblée de l’EHESS s’est par exemple déroulée au soir des affrontements d’Invalides, justement parsemés de quelques dépouilles parfois sauvages. Or il y a plus été question de stigmatiser ces formes assez grégaires et dérisoires, en créant un espèce de sujet collectif négatif qui en serait l’auteur, que d’y opposer des réappropriations qui seraient « nôtres », conservant la bonne idée de profiter de ces moments de rupture de la normalité pour développer d’autres perspectives. Pour mémoire, il y avait par exemple eu plusieurs autoréductions de supermarchés pendant le mouvement des chômeurs, et même un essai de pillage en règle d’un Cash Converters à Bastille. Ce fut aussi le cas cette fois-ci à Toulouse par exemple.

De même, plutôt que d’avaliser le « bloquons l’économie » avec son corps nu lorsqu’il était déjà dans l’air et que nous y participions (occupation des gares par exemple), un contenu commun aurait pu être de développer une critique du capitalisme et d’un de ses points faibles qui est la circulation des marchandises, en la couplant à d’autres formes d’attaques (comme le sabotage ou la destruction, et visant plus large que la seule circulation routière/ferroviaire).

Enfin, si différents groupes affinitaires et informels avaient ressenti le besoin de se coordonner afin de dépasser des limites vécues les jours précédents, c’est un tout autre projet de faire émerger un moment organisationnel à partir de ce besoin commun, que de créer une assemblée ouverte aux vagues « gens en lutte » nommés « hétérogénéité » en vue de « s’agencer et s’organiser ». On peut citer de mémoire quelques questions qui revenaient alors au cours de discussions informelles, et auraient pu constituer un autre point de départ : comment sortir du spectacle rituel des frites type Sorbonne au profit par exemple de balades sauvages ravageuses au cours ou à la fin de manif (comme à Nation le 18 mars), quelles initiatives développer pour ne pas attendre les manifs des mardis et jeudis, comment développer une mobilité géographique qui dépasse le cadre étroit de Paris et s’y mêler à un antagonisme plus ouvert (d’autant que certains compagnons vivent en périphérie).

Ces quelques points ne sont pas posés là pour refaire l’histoire. Si ces tendances et possibles esquissés n’ont pu se dégager comme bases d’une assemblée, c’est pour souligner que les limites de l’assemblée d’occupation de l’EHESS ont finalement été celles de ses initiateurs à la perspective mouvementiste, qui y entérinaient logiquement les limites du mouvement lui-même. Car à défaut de contenu autonome au sein de ce dernier (voire en dehors : n’étant pas étudiants pour la plupart, et se foutant du CPE comme beaucoup) et de désirs d’expériences nouvelles à partager dans l’espace public, l’assemblée de l’EHESS ne pouvait qu’être cette coquille vide où des individus cohabitent sans n’avoir rien d’autre à faire ensemble qu’à mimer un semblant de radicalisme verbal collectif ou à se juxtaposer dans un grand squat. A l’heure où se dégageaient des ruptures de la normalité toujours plus prometteuses, mais où la seule communauté de lutte de la partie non-étudiante ne se trouvait que dans les affrontements et les blocages de rue, une assemblée se donnant pour objectifs « d’inventer des formes de luttes adaptées à la situation » en s’adressant justement à l’hétérogénéité ne pouvait que se heurter à ses propres limites : l’absence de perspectives et les moyens de les mettre en œuvre.

S’il est une force de l’individu, au sein de cette société qui présente la double caractéristique d’atomiser et de massifier à la fois (les personnes sont toujours plus séparées les unes des autres et vivent en même temps toujours plus des vies identiquement normalisées), c’est sa capacité à développer une autonomie basée sur ses propres désirs et affinités. La capacité à partager ces désirs avec d’autres individus, liée à une connaissance et une confiance réciproques, peut, avec un minimum de volonté partagée, créer et mettre en œuvre des projets offensifs. Et lorsqu’un mécontentement gronde, qu’un mouvement social éclate, ces groupes affinitaires peuvent décider d‘y participer, sur leurs propres bases et objectifs.

Les affrontements liés à la foule, au sentiment collectif éphémère de puissance, notamment au début devant la Sorbonne et aux alentours ou plus tard lors de la balade de Bastille à Montmartre, nous ont enthousiasmés et lancés dans la bataille, pour ceux qui étaient encore réticents à ce mouvement longtemps spécifiquement étudiant. La répétition de ces affrontements, toujours plus spectaculaires et verrouillés, plaidait cependant selon nous assez rapidement pour non seulement multiplier les possibilités de mener avec plus d’agilité nos activités antagoniques existantes avant le mouvement, mais aussi pour amplifier autrement la rupture de la normalité, indispensable base pour apprendre de nouvelles manières d’être ensemble et de lutter, d’entrevoir un monde totalement différent et de construire les bases des révoltes futures.

Or ce double mouvement —augmenter nos possibilités habituelles, perturber aussi autrement la normalité— n’est justement effectif qu’en conservant notre autonomie au sein du mouvement, sans s’y diluer. Le problème posé par le mouvementisme, par ceux qui veulent radicaliser le mouvement en s’y organisant ou simplement être là où ça speede le plus, est que notre rapport n’est plus dialectique, fonction de notre analyse de ce qui se passe et de nos perspectives, mais que nous nous lions à la masse, avec ses forces (comme certains affrontements ouverts ou balades de plusieurs heures) et ses faiblesses (comme sa capacité à être menée dans des pièges à flics ou à se retourner contre nos pratiques).

Un tract distribué lors de la reprise à Jussieu rappelait ingénument que cette fac de sciences est comme les autres blindée de labos de recherche, tandis que d’autres nous ont fait remarquer que le toit de l’EHESS abrite une gigantesque antenne de téléphonie mobile qui a fait l’objet d’une tentative de sabotage, ou que des profs de cette école pleuraient sur les recherches perdues avec leurs disques durs. Ces simples cas de nuisances auxquelles la main avait plus aisément accès au cours de ce mouvement offrent un banal exemple de comment une perspective révolutionnaire peut développer à la fois son autonomie dans un mouvement, et tenter de dépasser ses limites (le énième contrat précaire, le rituel d’affrontements toujours mieux gérés par la police) en reliant ce qui est généralement séparé, ici une critique pratique de la techno-science par le sabotage ou le vol, à l’intérieur d’un mouvement concentré sur la précarité et pratiquant surtout des occupations de l’espace urbain.

Ce qui fut généralement intéressant dans les mouvements sociaux de ces dernières décennies a rarement été leurs intentions (défensives), mais bien plutôt la perturbation de la normalité du quotidien qu’ils ont engendrée. Nous pouvons alors choisir de répéter à l’infini des pratiques qui s’insèrent dans leurs limites initiales, en essayant de les radicaliser et en se contentant de suivre l’odeur des gaz lacrymogènes portés par d’autres, ou bien au contraire sortir enfin de cette logique pour affirmer notre propre praxis en dialectique avec ces mouvements, ce qui signifie d’un côté élargir et intensifier collectivement cette perturbation sur nos bases, et d’un autre affirmer individuellement nos désirs, rages et attaques en profitant de son existence.

un Gérard.

[Extrait de Cette semaine n°90, septembre 2006, téléchargeable dans la fanzinotheque ]

Notes

[1] Nous parlons ici à partir de l’expérience parisienne, certes un peu particulière par le nombre d’agités et la diversité des possibilités.

source : Non Fides

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Retour des « gorilles » au Honduras

Séquestré par l’armée en pleine nuit, puis emmené de force au Costa Rica, le président du Honduras, M. Manuel Zelaya, a été renversé le 28 juin. Ce golpe a eu pour point de départ sa décision d’organiser ce même jour, appuyé par quatre cent mille signatures, une consultation populaire sans caractère contraignant posant la question suivante : « Etes-vous d’accord pour que, lors des élections générales de novembre 2009, soit installée une quatrième urne pour décider de la convocation d’une Assemblée nationale constituante destinée à élaborer une nouvelle Constitution politique ? »

D’après M. Zelaya — qui fait le même constat et adopte la même démarche que MM. Hugo Chávez (Venezuela), Rafael Correa (Equateur) et Evo Morales (Bolivie), au début de leurs mandats respectifs — l’actuelle Constitution ne permet pas de réaliser les transformations sociales permettant d’éradiquer les inégalités et la misère (70 % de la population vivent sous le seuil de pauvreté ou dans l’extrême pauvreté) dans un pays, le Honduras, dont plus de 40 % du revenu national proviennent de l’envoi des remesas (argent) des émigrés.

Rejetée par l’opposition, une fraction du Parti libéral (dont est issu M. Zelaya), le patronat, les forces armées, certains secteurs de la hiérarchie catholique et évangélique, et les médias, cette consultation a été jugée illégale par la Cour suprême, le Congrès et le Tribunal électoral qui n’entendent pas voir remplacer, fût-ce partiellement, une « démocratie formelle de représentation » par une « démocratie de participation citoyenne ». A contrario, l’article 2 de la Constitution hondurienne précise : « La souveraineté appartient au Peuple dont émanent tous les pouvoirs de l’Etat exercés par représentation. La Souveraineté du Peuple pourra également s’exercer de manière directe, à travers le plébiscite et le référendum (...). »

Le 24 juin, le président avait destitué le général Roméo Vásquez, chef d’état-major des armées. Désobéissant aux ordres du commandant en chef — dans toutes les démocraties, le chef de l’Etat —, celui-ci avait refusé de participer à l’organisation de la consultation. Il avait également accepté la démission de son ministre de la Défense, M. Edmundo Orellana. La réplique n’a pas tardé.

Les forces armées du Honduras, pays qui, dans les années 1970-1980, à la différence des nations voisines (Guatemala, Nicaragua, Salvador), n’a pas connu de conflit armé interne, n’en ont pas moins été totalement impliquées dans la conflagration régionale. Elles ont collaboré à la mise en place de la base arrière américaine qui, par contras (contre-révolutionnaires) interposés, a permis l’agression du Nicaragua sandiniste (lire l’article d’Hernando Calvo Ospina, « Au Nicaragua, les quatre temps du sandinisme » dans Le Monde diplomatique de juillet, en kiosques). Des escadrons de la mort composés de militaires (en particulier le tristement fameux Bataillon 3-16) et de policiers ont fait disparaître cent quatre-vingt-quatre personnes et assassiné des dizaines de militants de gauche, syndicalistes et dirigeants paysans. Après les accords de paix des années 1990, les sandinistes ont conservé un certain contrôle sur l’armée nicaraguayenne ; au Salvador et au Guatemala, la révélation de l’ampleur des crimes de l’armée par des Commissions de la vérité a permis d’épurer, en partie au moins, les casernes. Rien de tel ne s’est produit au Honduras. Et les Etats-Unis y maintiennent leur base militaire la plus importante d’Amérique centrale, Palmerola.

De nombreux médias et observateurs expliquent, voire, à mots couverts, justifient le golpe par l’attitude de M. Zelaya. La révision de la Constitution lui aurait permis, au forceps, de briguer un deuxième mandat — actuellement non permis — lors du scrutin présidentiel de novembre prochain. Analyse erronée. En bonne logique, le scrutin sur la constitution d’une Assemblée constituante se déroulant le même jour que l’élection présidentielle, M. Zelaya n’aurait pu participer à celle-ci. En revanche, au terme d’un processus menant à une nouvelle Constitution, et pour peu que celle-ci soit approuvée, il aurait sans doute brigué un second mandat sous l’égide d’un nouveau texte fondamental le permettant. Il y avait donc loin de la coupe aux lèvres.

L’opposition féroce à M. Zelaya a, par conséquent, d’autres raisons.

Elu en novembre 2005, avec une faible majorité, sous la bannière du Parti libéral (conservateur), l’un des deux partis traditionnels de l’oligarchie hondurienne, il a, contrairement aux présidents précédents, mis un terme à l’alliance inconditionnelle du Honduras avec les Etats-Unis. Héritant d’une nation en déshérence et déçu par l’indifférence de Washington face à ses appels à l’aide répétés, il a resserré les relations politiques et commerciales avec Cuba, le Venezuela, la Bolivie, bien peu en cour auprès de l’administration de M. George W. Bush. Après avoir affilié le Honduras à l’accord Petrocaribe (une initiative du président Chávez qui permet aux pays de la région d’amortir les prix du pétrole), il a rejoint l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA) et le clan des « radicaux » en août 2008.

Techniques déjà rodées, les similitudes avec la tentative de coup d’Etat organisée au Venezuela, en avril 2002, contre le président Chávez, sautent aux yeux. Comme à Caracas, une fausse « lettre de démission » du chef de l’Etat a été lue devant le Congrès et amplement diffusée par les médias. Alors qu’était réduit au silence le Canal 8 — la télévision publique —, les chaînes privées ont diffusé des dessins animés, des feuilletons, des clips, la... messe, mais aucune information pendant les événements. Les fréquences de plusieurs médias audiovisuels locaux (Radio Globo, Radio Progreso) et internationaux (TeleSur, Cubavisión Internacional et CNN en espagnol) ont été suspendus (1). Un temps brutalisée et détenue, l’équipe de TeleSur a été expulsée du pays.

Menacés, malmenés, les ambassadeurs de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela (ainsi que la ministre des affaires étrangères Patricia Rodas) ont été un temps retenus par des militaires cagoulés. A Caracas, le 12 avril 2002, c’est l’ambassade de Cuba qui avait été assiégée.

Toutefois, tant le golpe au Venezuela en 2002 que la tentative de déstabilisation de M. Evo Morales, en Bolivie, en septembre 2008, avaient été soigneusement camouflés grâce à la participation d’une opposition rebaptisée « société civile ». Rien de tel au Honduras. La sortie des « gorilles » de leurs casernes — quand bien même les parlementaires auraient désigné leur président, M. Roberto Micheletti, nouveau chef de l’Etat — rappelle par trop les heures les plus sombres de l’Amérique latine.

Réuni en urgence, le Conseil permanent de l’Organisation des Etats américains (OEA) a « condamné énergiquement le coup d’Etat », tout comme l’Union européenne et l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU). Pris individuellement, tous les pays du continent américain ont condamné le « coup d’Etat ». Un seul, jusqu’à présent, n’a pas utilisé cette expression. Les Etats-Unis. Certes, M. Barack Obama a exprimé sa « préoccupation » et a ajouté : « Zelaya est l’unique président que je reconnais et je veux que cela soit bien clair. » Mais le département d’Etat prône... « le dialogue ». Entourant M. Zelaya, dès le 29 juin, à Managua, les présidents de l’ALBA lui ont, eux, manifesté un total soutien. Sans parler de « dialogue », mais de retour à l’Etat de droit.

Au Honduras, sur le mouvement social, la répression s’abat.

Maurice Lemoine, Le Monde Diplomatique

(1) Alors qu’elle multiplie les déclarations alarmistes sur la liberté d’expression Venezuela, de la Bolivie et de l’Equateur, la Société interaméricaine de presse ne s’est pas encore manifestée.

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Honduras. Les « intérêts USA » encore aux mains des militaires de la Joint task force Bravo

Le président Obama, après s’être déclaré « profondément préoccupé par la détention et l’expulsion du président Zelaya », a demandé que « tous les acteurs politiques et sociaux au Honduras respectent les règles démocratiques ».  Il a donc pris officiellement ses distances avec le coup d’Etat. Il ne peut pourtant pas ignorer qu’au premier rang, chez les « acteurs politiques » du Honduras, se trouvent les militaires étasuniens. C’est à la tristement célèbre Ecole des Amériques, gérée par  l’US Army à Fort Benning (Georgie), qu’ont été formés le général Romeo Vasquez, le chef des golpistes, et le général Luis Suazo, chef d’état-major de l’aviation qui a joué un rôle clé dans le coup d’Etat. C’est à cette même école, rebaptisée en 2001 « Institut de l’hémisphère  occidental pour la coopération sur la sécurité », que se formèrent les généraux Juan Castro, Policarco Garcia et Humberto Hernandez qui, dans les années ‘70 et ‘80, soumirent le Honduras à une dictature des plus féroces, en créant un des plus redoutés escadrons de la mort d’Amérique latine, le Bataillon 3-16. Les golpistes actuels ne sont cependant pas que les revenants d’un passé désormais enseveli.


Sous un nouveau nom, l’Ecole des Amériques continue à opérer au Honduras. Dans la base aérienne de Soto Cano, où siège l’académie aéronautique et navale hondurienne, opère une unité  inter-forces étasunienne, la Joint task force Bravo, dépendant du U.S Southern Command, dont le quartier général est à Miami et dont l’ « aire d’intérêt » comprend l’Amérique centrale, méridionale et les Caraïbes. La « mission » de la Jtf-Bravo consiste à « soutenir les intérêts étasuniens en Amérique centrale », en, avant tout, « aidant les forces armées latino-américaines à développer des structures et des doctrines appropriées ». C’est dans cet objectif que la Jtf-Bravo organise 3-5 grandes manoeuvres par an, dirigées par le président des chefs d’Etat-major réunis (le général de plus haut grade au Pentagone).

En plus de fournir une assistance militaire à travers la Jtf-Bravo, le gouvernement étasunien finance l’armée hondurienne dans le cadre du budget pour les « opérations à l’étranger ». Pour l’année fiscale 2009,  on prévoit une allocation d’un million et demi de dollars pour la formation et l’entraînement, qui ne sont qu’une petite partie des financements que l’armée hondurienne reçoit des Etats-Unis. Dans le même budget, est prévue une allocation d’environ 10 millions de dollars pour un programme, géré par l’USAID, qui aide le Honduras à « gouverner avec justice et démocratie », à quoi s’ajoutent 7 millions de dollars pour l’aider à instaurer le « bon gouvernement ».

Le visage que présente Washington au Honduras est celui d’un bienfaiteur. Les militaires y contribuent activement par diverses œuvres méritantes. En mai dernier, quand la frégate anti-missiles étasunienne Doyle est arrivée au port de La Ceiba, pour des « échanges professionnels avec les militaires honduriens », les marins étasuniens sont allés réparer et repeindre une école. Le 20 juin, quand plusieurs F-16 et autres avions militaires sont arrivés des Etats-Unis à la base Armando Escalon, 35 mille dollars ont été recueillis pour un hôpital. Mais qu’est-ce qui se cache derrière ce  visage ? En d’autres termes, est-il possible que  la toute puissante ambassade étasunienne au Honduras et le commandement de la Jtf-Bravo, qui entraîne les militaires honduriens, n’aient pas été au courant des préparatifs du coup d’Etat ?  Est-il possible qu’ils n’y aient tenu aucun rôle ? C’est sur cela, et sur les opérations de déstabilisation en Amérique latine, héritées de l’ère Bush, que le président Obama devrait faire toute la lumière.
Reçu de l’auteur et traduit par Marie-Ange Patrizio

Edition de mardi 30 juin de Il manifesto / Mondialisation.ca,

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jeudi 2 juillet 2009

Contrôles au faciès : scandaleux, mais aussi inefficaces

Deux chercheurs du CNRS publient, pour le compte de l'Open Society Institute, la fondation de Georges Soros, une enquête statistique alarmante sur le contrôle au faciès : un Arabe est sept à huit fois plus contrôlé qu'un Blanc par la police française. Pour un Noir, c'est six fois plus probable.

Cette étude, menée dans une grande discrétion, a permis de passer au crible 525 opérations de police, entre octobre 2007 et mai 2008, dans deux points de grande affluence de la capitale : Chatelet et la Gare du Nord.

En France, où les statistiques ethniques continuent de faire débat, aucune étude ne se basait jusque-là sur des chiffres précis associés aux dénominations « Arabe », « Blanc » ou « Noir ». Seules des enquêtes déclaratives existaient, sur le sentiment de discrimination.

Cette fois, les deux universitaires entendaient comparer le traitement policier envers les Arabes ou les Noirs et celui envers les 37 000 personnes qui se trouvaient allentours. En particulier lorsqu'ils sont jeunes, puisque les deux auteurs, Fabien Jobard et René Lévy, relèvent aussi l'influence du look des interpellés. Au point de faire le rapprochement avec les émeutes de 2005 et de parler de sentiment de « harcèlement » chez les jeunes contrôlés.

Ça discrimine, mais en plus ça ne marche pas !

Ces chiffres, publiés ce mardi 30 juin, sont édifiants. Mais ils se doublent d'un autre enjeu : celui de l'inefficacité de ces moeurs policières. Alors que la Préfecture de Paris a manifesté son « intérêt » pour l'enquête, on sait que le contrôle au faciès non seulement discrimine mais qu'en plus, il ne marche pas.

C'est ce que nous apprenait déjà l'Open Society Institute au printemps, dans une enquête sur le « profilage ethnique » (ou « l'utilisation par les forces de l'ordre de généralisations fondées sur l'ethnicité, la race, la religion ou l'origine ethnique pour fonder leurs décisions de lancer des opérations »).

Dans ce dossier publié le 26 mai, l'institut de la Fondation Soros écrivait que la pratique s'était banalisée, en particulier depuis les attentats contre le World trade center :

« Depuis les attentats du 11 septembre, on note un surcroît d''intérêt pour le profilage ethnique, et le recours à cette pratique s'est fortement intensifié. Même si le public européen tend à condamner les cas d'abus les plus scandaleux (tels que la séquestration et la torture) associés à la “guerre contre le terrorisme”, nombreux sont ceux qui considèrent le profilage des musulmans comme une nécessité. »

Inefficace pour prévenir les attentats de 2005 à Londres

Cette étude de portée européenne montre que, dans la plupart des pays européens, le profilage ethnique s'est imposé. Ainsi, en Grande-Bretagne, seul pays de l'Union européenne à collecter systématiquement les données ethniques dans les pratiques policières, les Britanniques d'origine asiastique ont été cinq fois plus contrôlés à partir des attentants dans le métro de Londres, à l'été 2005.

Or les mêmes auteurs, déjà formels, écrivaient qu'il n'existe « aucune preuve que le profilage ethnique puisse prévenir les actes criminels ou les actes de terrorisme ». Et, un peu plus loin :

« A vrai dire, le profilage réduit en fait la sécurité, car il oriente les ressources de police vers de fausses pistes, et lui aliène certranes personnes dont la coopération aurait été nécessaire pour repérer efficacement des actes criminels. »

Autre exemple londonien : un rapport présenté aux Communes en mai 2006 de la Commission parlementaire sur le renseignement et la sécurité montre que les cerveaux de ces attentats de juillet 2005 dans la capitale britannique n'avaient pas été poursuivis même s'ils étaient connus des services de police, dans la mesure où trop peu de cases correspondant à un prétendu « profil de terroriste » avaient été cochées.

A l'inverse, en Espagne, une petite ville près de Madrid, Fuenlabrada, avait essayé fin 2007 d'abaisser le nombre de contrôles, de 958 à 396, abonnant le critère éthnique pour mieux se concentrer sur de vrais faisceaux d'indices. Résultat : les contrôles se soldant par la détection d'un acte criminel ou d'une infraction avaient bondi de 6% à 28%.

La politique migratoire a infusé les pratiques policières

A l'époque, la Fondation Sorros recommandait une « décision cadre » de l'Union européenne qui prohiberait explicitement le profilage ethnique, théoriquement illégal en France, comme le rappelait récemment un juge rennais.

Pas de signes de changement du côté de Bruxelles, mais des chiffres français qui viennent étayer avec précision l'ancrage de cette pratique dans l'Hexagone, notamment à la faveur de la politique d'immigration.

Au moment du débat sur les lois Pasqua de 1993, l'introduction de la notion d'« origine ethnique » dans la loi sur les flux migratoires avait été très décriée. Dans une vidéo de l'époque, les syndicats de policiers reconnaissaient pourtant explicitement contrôler sur la base du faciès, même si l'Intérieur venait de préconiser la prise en compte, encore vague, « d'autres indices ». (Voir la vidéo)

« Il faut regarder la composition ethnique des environs »

Aujourd'hui, au syndicat Unité police (ex-Unsa police), Yannick Danio confirme que « des consignes sont données oralement, qui relèvent bien du contrôle sur la couleur de la peau ou l'apparence ethnique » :

« Si vous êtes à Calais et que vous devez faire du chiffre, qu'est-ce qui ressemble plus à un Afghan ou à un Irakien qu'un Afghan ou un Irakien ? »

Il assure toutefois que, pour le reste, y compris les contrôles aux abords de la Gare du Nord ou des Halles, à Paris, « on n'arrête que sur flagrance ou dans le cadre d'une enquête ». Quid des ratios mis en avant par l'étude ? Moyennement convaincant : « Il faut regarder la composition ethnique des environs. »

Rectifié le 1/7 à 10h36. Yannick Danio est membre du syndicat Unité police, et non de l'Unsa police.

source : Rue 89

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Déchets nucléaires: 385 piscines olympiques

Jolie actualité atomique aujourd'hui. D’un côté, Areva, à la recherche de liquidités, s’annonçait comme le leader incontestable des énergies décarbonées. De l’autre, l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) présentait aux Invalides son troisième inventaire national des déchets et matières radioactives. D’un côté, l’industriel majeur du nucléaire qui vantait une énergie propre et fort concurrentielle. De l’autre, une agence gouvernementale en charge d’exposer la comptabilité des déchets de la même industrie.

Tous les trois ans, l’Andra collecte et recoupe les données fournies par les opérateurs du nucléaire français (EDF mais aussi Areva, le Cea, …). Elle a arrêté ses comptes au 31 décembre 2007. A cette date, l’Andra a répertorié plus de 1,15 million de mètres cubes de déchets radioactifs en France. Soit l’équivalent d’environ 385 piscines olympiques. Ces déchets ne sont pas tous entreposés dans des piscines. La plupart sont conditionnés dans des colis spécifiques, environ 70% d’entre eux sont stockés, les autres attendent des solutions correspondantes à leur dangerosité.

Que recouvre cet inventaire exactement? Tout ce que le nucléaire civil a pu produire en trois décennies d’exploitation. Parmi ces colis, on trouve du super dangereux (les déchets de haute activité, soit 0,2% du total avec 2293 m3) et du assez anodin (les déchets de très faible activité, soit environ 20,1% du total avec 230000 m3 de stockés). Entre les deux, toute une gamme de déchets de faible et moyenne activité à vie courte ou longue. Près de 70% font partie de la famille "faible et moyenne activité à vie courte".

La vie courte est une façon de voir qui n’appartient qu’à certains domaines scientifiques. Car les déchets classés dans cette catégorie ont des périodes radioactives de moins de 31 ans. Cela signifie qu’ils perdent la moitié de leur radioactivité après 31 ans. Il est communément accepté qu’au bout de 10 périodes, les déchets ne présentent plus de risque majeur. Ainsi, après 310 années, les déchets à vie courte ne seront plus considérés comme actifs. 310 années = dix générations.

Pour les déchets à vie longue, l’échelle de temps convie le cerveau humain à une gymnastique improbable consistant à imaginer les 200000 années à venir, voire les 20 millions de prochaines années… A titre de comparaison, les pharaons d’Egypte ont été installés dans des pyramides qui ont à peine 5000 ans.

Notons que l’inventaire concerne aussi des «matières radioactives». A la différence des déchets, celles-ci sont considérées comme valorisables. Et c’est là toute la subtilité de l’inventaire: une barre de combustible en train de réagir dans un réacteur nucléaire en ce moment même (4800 tonnes) ou des combustibles irradiés en train de refroidir dans des piscines (13000 tonnes) font partie de la famille des matières valorisables et ne sont pas considérées comme des déchets. Idem pour le plutonium (82 tonnes dont 60 de propriété française), l’uranium de retraitement (21000 tonnes), l’uranium appauvri (255000 tonnes), l’uranium enrichi (3300 tonnes), l’uranium naturel extrait de la mine (27000 tonnes), le thorium de Rhodia (9399 tonnes), les matières en suspension (21600 tonnes), et certains combustibles de la Défense nationale. Sans oublier les 1000 tonnes de MOX en attente de traitement (prévu à partir de 2030…).

source : http://environnement.blogs.liberation.fr/noualhat/2009/06/d%C3%A9chets-nucl%C3%A9aires-385-piscines-olympiques.html

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Victoire diplomatique à Managua. Défaite du "Monde" à Paris

Calderon, Colom, Arias, Morales, Chavez, Correa, Castro, Torrijos... Tant de chefs d’État latino-américains qui décident de se réunir en urgence ce lundi à Managua, c’est une première. L’histoire retiendra leur unanimité et leur fermeté. Les pays de l’ALBA, du SICA, du Groupe de Rio et de l’OEA exigent "le retour immédiat et inconditionnel du président Zelaya au Honduras". Sa volonté affirmée de rentrer au pays dès jeudi lui vaut une standing ovation.

Alors que ses homologues dénoncent "le retour à la barbarie subie à l’époque de la National Security" et refusent de "revenir à l’âge des cavernes", le journal français Le Monde, lui, évoque un "coup d’État d’un genre nouveau" (1). Ce titre, Sabot l’emprunte au "principal quotidien" nicaraguayen - sans dire qu’il s’agit surtout du plus réactionnaire - "La Prensa". C’est ce journal que le président dominicain Leonel Fernandez, connu pour sa prudence, brandit ce soir a Managua devant la trentaine de collègues latino-américains pour en dénoncer la manchette : "deux présidents se disputent un siège". "Il n’y a qu’un président du Honduras, corrige un Fernandez indigné, celui qui est sorti des urnes !".

Le Monde feuillette la "presse latino-américaine" comme si on pouvait trouver le pluralisme dans la concentration économique de la presse écrite. Technique connue : se retrancher "objectivement" derrière les citations. Cela permet de jeter une ombre sur la consultation électorale avortée, cette enquête demandée par 400.000 signatures citoyennes et que les partis de l’élite putschiste, majoritaires au congrès, craignaient tant. Pourquoi s’inquiéter d’une consultation voulue par la population au point que les habitants montaient dimanche des barricades pour empêcher les militaires de confisquer les urnes ? Mais voyons, cher lecteur, parce que les honduriens pourraient demander ensuite une réforme constitutionnelle. Et si les gens votent et s’ils décident de réélire Zelaya, eh bien, ce sera - nous vous l’expliquerons bientôt - la dictature comme au Venezuela, vous savez bien. C’est la faute de Zelaya de croire que ni les États-Unis ni la Banque Mondiale ne rendront la vue à des milliers de pauvres ou ne donneront aux paysans les moyens de produire pour nourrir la population et de préférer les programmes sociaux de l’ALBA et du Petrocaribe initiés par le gouvernement venezuelien.

Pour écarter tout soupçon de partialité, le Monde cite un journal argentin, qui nous précise-t-on est "de gauche". "50 % pour Hitler, 50 % pour les juifs" (Godard).

Pourquoi faudrait-il démonter les rouages de l’élite économique hondurienne et ces conseillers d’un Pentagone qui pèsent plus qu’Obama dans leur volonté de briser le maillon le plus faible de l’ALBA ? Nicolas Sabot cite la presse hondurienne mais ne dit rien du coup d’État médiatique, du monopole privé du spectre radioélectrique, de ces télévisions qui passent des telenovelas pour censurer la résistance de la population. Tout récemment Lula, Correa et même Obama ont critiqué ces médias qui attentent contre les institutions démocratiques ? Des "fils de Chavez" sans doute.

Le Monde ne dira rien non plus de la part active du président venezuelien dans la construction de ce front pluraliste de chefs d’ëtat pour sauver la democratie au Honduras. Alors que le président venezuelien a reaffirmé a Managua, entouré de ses collêgues du reste du continent, que "l’ere des fusils est bien finie et que les revolutions doivent etre pacifiques", le Monde reprend dès dimanche la vulgate mondiale : "Chavez-met-ses-troupes-en-alerte". Pour conclure son article, Antonin Sabot a choisi un dessin de la Prensa (Panama) (voir photo ci-jointe). Le président du Honduras court en pleurant vers son "père", Hugo Chavez, qui lui demande, énervé : "Qui t’a mis ce coup ? Que je lui en mette un !"

Lorsque le Pinochet hondurien (Romeo Vasquez, formé a l’Ecole des Amériques) rejoindra sa caserne grâce a la résistance civile et aux efforts conjugués des chefs d’État latinoamericains, les honduriens devraient décorer "le Monde" pour sa courageuse contribution a la mobilisation générale.

Thierry Deronne
Vive TV. Venezuela
29 juin 2009.

(1) Voir http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/06/29/honduras-un-coup-d-etat-d-un-genre-nouveau_1213244_3222.html

Posté par redacteurs à 07:54 - Impérialisme made in USA - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Leçons de campagne, l’unité et la novation

Dans quelle mesure les élections européennes rebattent-elles les cartes à gauche ? Six électeurs sur dix ne sont pas allés voter : c’est le fait majeur. Et le PS s’est pris une nouvelle claque. Alors que la crise du capitalisme, l’ampleur des luttes sociales et la panne de la social-démocratie offraient un « boulevard » à la gauche radicale pour faire valoir son projet, elle ne sort pas gagnante de cette élection (1). Pourtant, le score total du Front de gauche (PCF et Parti de gauche) et du NPA, auquel on peut ajouter les voix de LO, est tout sauf ridicule, puisqu’il avoisine les 12 %. Mais ses divisions l’empêchent une nouvelle fois d’apparaître comme la force qui polarise à gauche. Et c’est Europe Ecologie qui a empoché la mise…

Si Europe Ecologie a réussi à séduire, en particulier dans l’électorat socialiste déçu, c’est qu’elle a allié mise en scène de l’unité et de la novation. Quand le PS affichait péniblement un rassemblement de tribunes et tandis que l’autre gauche faisait listes à part, Europe Ecologie mariait la carpe et le lapin, Daniel Cohn-Bendit et José Bové. Les figures de proue de la campagne verte ne furent pas des responsables classiques d’appareils politiques mais des personnalités telles qu’Eva Joly, connues pour leur engagement dans des combats. Le caractère hybride de cette dynamique a fait en partie sa force. A l’heure de la crise de la représentation politique, ce parti pris a payé. En outre, au moment où les inquiétudes grandissent sur l’avenir de la planète, les thématiques écologiques ont mobilisé, en particulier un électorat jeune, urbain et diplômé, plus prompt que d’autres à aller voter. La tonalité concrète, avec la mise au premier plan de solutions positives (et non en pure opposition), a sans doute joué dans ce résultat inattendu d’Europe Ecologie, arrivé au coude à coude avec le PS.

Cela posé, ça ne fait pas la rue Michel, comme on dit… La campagne écolo n’a pas suffi pour que les catégories populaires retrouvent le chemin des urnes puisque l’abstention fut massive et préoccupante. En outre, la colonne vertébrale environnementale de ce rassemblement européen a peu de chances de déboucher sur une force politique durable, autour de laquelle la gauche pourrait ou devrait se rassembler. Et l’on se souvient du score de Bernard Tapie aux européennes de 1994, un « bon coup » sans lendemain. Il n’en reste pas moins que ce vote pour Europe Ecologie indique à la fois le désir profond de renouvellement à gauche et l’ampleur de l’érosion du PS.

La gauche de transformation sociale et écologique est maintenant au pied du mur. Le fait que le Front de gauche ait obtenu davantage de suffrages que le NPA signifie combien le désir d’unité reste vivace. C’est plus que jamais un impératif pour sortir du « combat de nains », pour se rendre utile aux mobilisations sociales et changer le rapport de force à gauche. La capacité à apparaître unis dans les résistances à la droite au pouvoir et à faire cause commune aux prochaines échéances électorales, notamment aux régionales de 2010, est décisive pour faire bouger les lignes. En cela, le message lancé par le Front de gauche appelant à poursuivre et à élargir l’initiative est un point d’appui. Mais l’unité, pour incontournable qu’elle soit, n’y suffira pas. Sans effort de novation, sans mise à jour sur la forme et sur le fond, et sans cohérence d’ensemble, l’autre gauche ne l’emportera pas. Or, elle le doit et elle le peut.

Clémentine Autain, Regards

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mercredi 1 juillet 2009

L’HÔPITAL PUBLIC EST VOTRE HÔPITAL, DÉFENDEZ-LE AVEC NOUS !

- Défendez-le parce qu’il assure des soins de qualité pour tous quels que soient les moyens de chacun.

- Défendez-le parce que c’est là que se font les grandes recherches d’aujourd’hui qui permettront les progrès de demain.

- Défendez-le parce que c’est lui qui assure 80% des urgences, c’est lui qui a fait face hier à l’épidémie de SIDA et à la canicule et qui pourra faire face à une pandémie grippale.

- Défendez-le parce que c’est lui qui prend en charge les cas les plus graves ou les plus complexes à tous les âges de la vie.

- Défendez-le parce que les autres pays nous l’envient.

La loi HPST dite loi Bachelot a supprimé l’appellation de « Service Public Hospitalier ». Elle ne parle plus que d’ « Etablissement de Santé ». Elle cherche à transformer l’hôpital public en entreprise.
Pour être rentable l’hôpital devra sélectionner les pathologies et les patients, et diminuer le nombre de personnels : moins d’infirmières, moins d’aides soignantes, moins de médecins, moins de secrétaires, moins d’assistantes sociales.
Il est prévu se supprimer 20 000 emplois dans l’ensemble des hôpitaux.

NE LAISSEZ PAS FAIRE
POUR DÉFENDRE VOTRE HÔPITAL PUBLIC ASSURANT
L’ACCÈS ÉGAL POUR TOUS À DES SOINS DE QUALITÉ,
SIGNEZ LA PÉTITION NATIONALE QUI SERA ADRESSÉE
AU PARLEMENT ET AU GOUVERNEMENT:

« Je défends l’Hôpital Public, lieu de formation des professions médicales et paramédicales, de l’innovation et des progrès thérapeutiques, qui offre à tous, sans discrimination, des soins de qualité.

Je m’oppose à son démantèlement qu’annoncent d’une part un nouveau mode de direction qui aura pour souci principal la rentabilité, d’autre part des suppressions d’emplois non justifiées qui altèreront la qualité des soins. L'Hôpital Public doit avoir un financement lui permettant de remplir ses missions.»

JE SIGNE LA PÉTITION

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Honduras : Negroponte a encore frappé.

JOHN NEGROPONTE est un diplomate US connu. Il a effectué une carrière brillante que l’a conduit aux postes les plus élevés.

S’il n’occupe plus de poste officiel depuis l’arrivée au pouvoir de l’administration OBAMA, il a été au sommet de sa puissance pendant les deux mandats de BUSH II qui a fait de lui successivement :

- Le représentant US à l’ONU en 2001 chargé de manipuler l’institution pour lui faire accepter l’invasion de l’Irak en utilisant les écoutes téléphoniques, le vol et le charcutage de documents en particulier les rapports d’inspection des installations nucléaires de l’Irak

- Le second ambassadeur US dans l’Irak occupé à la tête de la plus grosse « ambassade » du monde, en fait le quartier général de l’armée d’occupation et des bandes de mercenaires annexes

- Le premier directeur national du renseignement poste créé spécialement pour lui par BUSH pour chapeauter toutes les institutions étasuniennes du renseignement et de l’espionnage pour pouvoir à l’occasion interdire la diffusion de vraies nouvelles par la CIA – un service de renseignement est conçu pour fournir des données exactes à son gouvernement - et leur substituer des mensonges d’Etat pour finir au poste de vice-ministre des Affaires Etrangères (Département d’Etat) comme second de CONDOLEEZZA RICE

Mais ce reaganien pur jus, fils d’un riche armateur grec et apparenté par sa femme à la famille royale d’Angleterre s’était fait connaitre comme diplomate meurtrier, adepte de la politique du « gros bâton » appliquée par les USA en Amérique latine depuis deux siècles lorsqu’il a occupé de 1981 à 1985 le poste d’ambassadeur des Etats-Unis au Honduras.

C’est depuis Tegucigalpa, la capitale de ce petit pays, où le pouvoir était occupé par une dictature militaire mise en place par les Etats-Unis qu’il a organisé la contre-révolution au Nicaragua voisin qui devait aboutir à la chute du régime sandiniste à Managua. C’est là également qu’il a mis au point l’IRANGATE opération secrète consistant à fournir clandestinement des armes à l’Iran pour que la République Islamique, ennemi officiel des Etats-Unis, ne perde pas la guerre contre l’Irak, soutenu lui officiellement et à armer avec l’argent touché des iraniens – hors budget officiel bien entendu - les contre révolutionnaires (CONTRAS) nicaraguayens formés, entrainés et stationnés entre deux expéditions sanglantes sur le territoire hondurien où ils sévissaient également.

Autant dire qu’il a laissé un très mauvais souvenir dans la région et la condamnation des Etats-Unis en 1986 par la Cour Internationale de Justice de La Haye pour violation du territoire nicaraguayen concernait directement les activités de JOHN NEGROPONTE. On sait que les Etats-Unis n’ont jamais payé l’amende de 17 millions de dollars qui leur avait été infligée par la CIJ.

Pour la mise au point de l’IRANGATE, NEGROPONTE a négocié secrètement avec le premier ministre iranien de l’époque, un certain MOUSSAVI candidat malheureux aux élections présidentielles iraniennes dont il a été beaucoup parlé ces dernières semaines

JOHN NEGROPONTE a effectué l’an dernier en Juin un voyage officiel sur les lieux de ses crimes et a rendu visite aux dirigeants du Salvador, du Guatemala et du Honduras. Il n’a pas été accueilli au Nicaragua où il est persona non grata depuis le retour au pouvoir du leader sandiniste DANIEL ORTEGA.

Le motif officiel de la visite était la lutte contre la drogue, laquelle on le sait est le nouveau « faux nez » des ingérences étasuniennes en Amérique Centrale et fait écho aux plans « Colombia » et « Merida » mis en œuvre en Colombie et au Mexique.

NEGROPONTE et le Président Hondurien ZELAYA se sont alors rencontrés mais ce dernier a refusé au dernier moment de tenir une conférence de presse commune et a fait ses propres commentaires sur la visite de l’ancien ambassadeur :

« Ce pays n’est plus celui des années 80 car aujourd’hui nous avons appris une nouvelle tolérance à une ouverture du système démocratique. »

Dans cette phrase ZELAYA homme politique conservateur annonçait un tournant à gauche de sa politique qui allait se concrétiser par une alliance avec le seul parti de gauche organisé au Honduras le parti de l’unification démocratique.

(Il a été annoncé que CESAR HAM, leader de ce parti aurait été assassiné par les putschistes le lendemain de l’éviction de ZELAYA, mais aux dernières nouvelles il semblerait que lui et les autres responsables et élus de ce parti se soient cachés pour échapper aux tueurs.)

ZELAYA déclarait également à l’attention de NEGROPONTE : « Cette Amérique Centrale que vous visitez n’est pas la même que celle du temps de la guerre froide, quand des troupes étaient entrainées pour violer les droits du peuple au nom d’une idéologie » et il ajoutait « Aujourd’hui nous mettons l’accent sur la paix et la démocratie et plus du tout sur le business lié à la doctrine sécuritaire »

Ayant ainsi très officiellement et très explicitement desserré le carcan idéologique impérialiste, ZELAYA allait continuer sur le chemin d’une indépendance politique accrue par rapport à Washington. Il y était encouragé par un environnement régional favorable marqué par : le processus bolivarien en cours, l’arrivée au pouvoir des anciens guérilleros du FMLN au Salvador venant après celle des sandinistes au Nicaragua, le développement de l’ALBA, la critique du boycott de Cuba par l’OEA …

C’en était trop pour l’appareil terroriste clandestin des Etats-Unis et NEGROPONTE ne pouvait que rêver de vengeance.

Aujourd’hui NEGROPONTE n’occupe plus de fonctions officielles Il se contente de faire des cours à l’Université de Yale dont il est diplômé (comme GEORGES W. BUSH et JOHN KERRY). Il fait également des conférences et au cours de l’une d’elles il a récemment déclaré que la politique étrangère de l’administration OBAMA lui convenait.

Le putsch hondurien vient donc éclairer très précisément les rapports de force et de pouvoir au sein de la classe dirigeante US.

Les républicains néoconservateurs se sont organisés pour contraindre l’équipe OBAMA à exécuter leur politique extérieure. Pour le contraindre ils utilisent la tactique du bon flic et du mauvais flic.

DICK CHENEY, le mauvais flic, cogne médiatiquement sur OBAMA comme une brute tandis que le bon flic NEGROPONTE trouve lui sa politique étrangère satisfaisante mais tient en même temps dans sa main tous les fils des évènements extérieurs récents (services de renseignement dont il a été le maitre pendant deux ans, anciens élèves de l’ECOLE DES AMERIQUES, dirigeants iraniens corrompus …) qui font partie de la contre-révolution qu’ils ont programmée et que BARACK JANUS OBAMA, l’homme qui parle toujours deux langages doit « couvrir ».

JANUS OBAMA a été choisi par la grande bourgeoisie US pour tenir un discours moins primaire (et volontairement ambigu) sur une politique de domination mondiale qui n’a pas changé mais qui prend des formes de plus en plus caricaturales – le putsch hondurien est la réédition pitoyable d’un scénario déjà joué des dizaines de fois - et qui, heureusement, rencontre des oppositions internationales de plus en plus vives.

Les jours à venir le confirmeront.

COMAGUER

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Universités : Le Monde se rectifie, mais reste incorrigible

L’année universitaire s’achève, et avec elle un mouvement social historique par son ampleur et sa durée. La couverture du conflit par Le Monde ne fut peut-être pas la pire, mais elle fut exemplaire, au point de nourrir des critiques venues non seulement d’Acrimed, mais de larges secteurs du mouvement lui-même.

Retour sur quelques derniers épisodes, pour solde de tout compte – au moins quant à ce conflit…

Le Monde, on le sait, n’a rien à se reprocher. Et plutôt que de répondre directement aux critiques, Le Monde a répliqué par un dossier spécial intitulé « Radiographie d’un conflit », supplément de huit pages paru dans l’édition du 23 avril 2009, soit à peine… trois mois après le déclenchement de la crise. Parution qui n’a bien entendu rien à voir avec le fait que le quotidien de référence ait été « violemment mis en cause […] par une partie du mouvement universitaire », comme le regrette l’éditorial signé Maryline Baumard et Catherine Rollot qui figure sur la première page de ce dossier.

Un éditorial dont la grille de lecture du mouvement, notons-le au passage, reste globalement inchangée : ses auteurs « diagnostiquent » le « profond malaise » d’une communauté universitaire « à cran » qui exprime avant tout ses « craintes » [1]. En face, un gouvernement aux « nombreuses maladresses », qui défend contre vents et marées une réforme pourtant « mitée » par ses reculs et ses concessions.

Que ce dossier constitue bien une réponse, à peine masquée, à des critiques, c’est ce que confirme la Newsletter du Monde « La Toile de l’éducation » du 22 avril, qui tente de faire le point sur l’ensemble du débat, à destination de ses abonnés. Avant d’annoncer son « Supplément » du lendemain, sous le titre – entre guillemets – "Analyse", elle évoque les critiques que le quotidien a essuyées : « En s’appuyant sur des analyses produites par des critiques des médias comme l’association Acrimed, une frange d’universitaires a multiplié les accusations à l’encontre du journal, lui reprochant de dissimuler les raisons de la "mobilisation" et d’en véhiculer sciemment une mauvaise image. Plus généralement, Le Monde a été accusé de s’être rangé aux côtés du gouvernement. » Et la Newsletter de citer la « "charte de bonne conduite" vis-à-vis du quotidien, destinée en fait à mettre en œuvre un boycottage systématique », et de donner les liens vers ASI [2] et Bakchich pour plus d’information.

Dans un second paragraphe intitulé « Communication », la Newsletter signale d’autres sites, « du côté résolument hostile au Monde » (Fabula, ARHV) ou de l’autre (comme l’inénarrable Aliocha, dont on ne précise pas si elle est « farouchement favorable » au quotidien, mais à qui on fait l’honneur d’une citation)… Le supplément du 23 avril est enfin annoncé, et, au moins en partie, apparaît comme une réponse aux analyses que la Newsletter met entre guillemets. Les abonnés de la Newsletter, du moins, le comprendront aisément, grâce à l’évocation relativement précise des critiques et de leur origine – plus détaillée en tout cas que dans le « Supplément » du Monde… où l’on se borne à parler d’une vague « mise en cause ». Mais s’il répondait directement aux critiques qui le visent, ou s’il en tenait compte tout en le disant, Le Monde ne serait pas Le Monde.

Dans le « Supplément », non seulement ces critiques ne sont pas explicitées [3], mais elles sont minorées : cette « mise en cause » apparaît comme inévitable et presque fortuite, car « tous les acteurs qui ont approché cette crise [ayant] pris des coups ». D’ailleurs, à la lecture de l’éditorial, et même s’il ne dit rien du contenu des critiques adressées au Monde, l’on sent bien combien celles-ci sont injustes et infamantes, car le quotidien « a tenté chaque jour, en toute indépendance aussi bien du pouvoir politique que des pouvoirs intellectuels, d’informer au mieux ses lecteurs sur ce mouvement complexe, multiforme et durable ». Et après tant de « jours » d’information indépendante, Le Monde en est encore à devoir faire le point sur « les acteurs de la crise » (page II) ou « les points du litige » (page III). Autrement – et plus clairement – dit, comme l’analyse fort justement André Gunthert sur son blog, « Le Monde passe aux aveux ».

Rien ne semble désormais arrêter Le Monde sur la voie de l’information. Le 31 mars, le quotidien publiait un éditorial (mal) déguisé en enquête, le tout intitulé « Les facs mobilisées voient leur image se dégrader ». Un mois et demi plus tard, le 15 mai, paraît un article traitant des « Inscriptions 2009 » et signé du « Service France ». Son sous-titre résume son propos et le désaveu qu’il inflige – sans, naturellement, le dire – aux trois envoyés spéciaux que le quotidien avaient dépêchés auprès des trois universités à l’image « dégradée » : « selon notre enquête, les choix des lycéens montrent que les grèves ont peu d’impact sur l’attractivité des facs. »

Une telle volte-face incite à la prudence, et on lira cette « enquête » du Monde avec circonspection. Pour l’essentiel, elle se contente d’ailleurs de glaner des chiffres et des commentaires auprès de présidents d’université, évoque le nouveau système d’inscription dans le Supérieur sans analyser le dispositif ni ses conséquences, avant de dessiner « quelques tendances » – essentiellement « l’attrait pour le droit, la médecine et les IUT » qui « se confirme ». Et le « Service France » de conclure son « enquête » en levant bien haut son doigt mouillé : « image écornée ou pas, les universités ne devraient donc pas se vider brutalement l’année prochaine, même si depuis 2004, la tendance est à la baisse des effectifs (- 4,3 % en moyenne) ».

Dernier mémorable épisode, le 1er juin, Le Monde interroge Valérie Pécresse pour l’aider à tirer « les leçons de ce long conflit universitaire ». Et les questions, aussi pertinentes que percutantes, s’enchaînent. Les premières reprennent à leur compte la position gouvernementale selon laquelle seule la gestion du conflit par la ou les ministres pourrait expliquer ce dernier : « Où s’est située l’erreur ? » ; « N’y a-t-il pas eu défaut de pilotage ? » ; « N’avez-vous pas trop chargé la barque ? » – une question très incisive et potentiellement déstabilisante, la ministre ayant déclaré quinze jours auparavant, sur France Info, que le mouvement universitaire pouvait s’expliquer par « une barque trop chargée de réformes ».

Le reste est à l’avenant, et l’on appréciera les présupposés de telle ou telle question : « Après ce conflit, n’êtes-vous pas condamnée à l’immobilisme ? » ; « Que reste-t-il de votre réforme après les concessions faites ? »… Puis, après l’incontournable question sur les cours irrattrapables et « certains enseignants-chercheurs » irresponsables qui « veulent accorder la moyenne à tous les étudiants », trois questions de fond (du trou) [4] et puis s’en va.

Une opération de communication à huit mains, puisque pas moins de trois journalistes [5] ont été mis à contribution pour réaliser ce chef d’œuvre, qui parvient à « tirer les leçons d’un conflit » sans jamais évoquer directement un seul des « points du litige » pourtant fort bien exposés dans le Supplément du Monde.

Olivier Poche

P.S. : À Luc Cédelle, avec tous nos remerciements

Il faut le reconnaître, Luc Cédelle est le seul journaliste du Monde à avoir tenté de répondre aux critiques adressées à ce quotidien par Acrimed, au sujet de son traitement du conflit universitaire. Qu’il en en soit – sans ironie – remercié.

Malheureusement les réponses de Luc Cédelle – disséminées dans plusieurs articles de son blog – sont si désinvoltes qu’elles ne nous ont pas convaincus. La dernière, en particulier, frôle le ridicule : parcourant le site de Sauvons l’université, raconte Luc Cédelle, « je tombe sur des articles du Monde [...] Logiquement, je m’attends à trouver, dans ces quelques articles que je n’ai pas choisis, des mots qu’il n’aurait pas fallu écrire, des formulations que je n’emploierais pas aujourd’hui, des choses qui, avec la distance, apparaîtraient agressives… Et puis, en fait, rien », conclut le journaliste qui, pour le prouver, republie deux de ces irréprochables articles qu’il a signés. Est-ce là la « réponse point par point » qu’il déclarait être « bien décidé » à composer ?

Il y a cependant une exception, que voici. Nous écrivions dans notre premier article :

« …Le Monde qui le 14 novembre 2007 annonçait dans un bref article « la fin du mouvement contre la loi sur l’autonomie », une loi que l’éditorialiste anonyme du quotidien avait ardemment soutenue. Plus d’un an plus tard le quotidien, grand communicateur de toutes les « réformes » gouvernementales, est confronté à de nouvelles « réformes » dont la plupart poursuivent la grande « rénovation » néo-libérale entreprise par le gouvernement. »

Luc Cédelle relève, dans ces deux phrases, de graves « manquements » :

- Le Monde qui annonçait en titre de l’un de ses articles « la fin du mouvement contre la loi sur l’autonomie » datait du 14 décembre 2007, et non du 14 novembre. Luc Cédelle, magnanime, concède que « les rédacteurs de l’article de l’Acrimed se sont peut-être trompés de bonne foi sur la date de la brève », mais ajoute-t-il, « […] cette erreur ne devrait en aucun cas suffire à les orienter puis à les enferrer dans une mauvaise interprétation du traitement du mouvement de novembre-décembre 2007 par le journal ». Rectifions la date : mais où Luc Cédelle a-t-il vu que par cette phrase d’introduction nous entendions interpréter le traitement du mouvement de novembre-décembre 2007 ?

- Notre forfait le plus grave, selon Luc Cédelle, est commis dans la deuxième phrase où, parlant de toutes les « réformes » de l’Université sans le préciser, nous laissions entendre que Le Monde soutient toutes les réformes du gouvernement quel qu’en soit l’objet. Précisons la formulation, au cas où d’autres inattentifs lecteurs n’auraient pas compris !

Rectifier une date, préciser une formulation : c’est bien le moins que nous devions faire [6]. Sans omettre de remercier, une fois encore, Luc Cédelle – mais, cette fois, avec un peu d’ironie – de nous avoir ainsi aidés à nous corriger...

… sans rien retirer de l’ensemble de nos analyses.

Olivier Poche, Acrimed

Notes

[1] On remarquera cependant que celles-ci sont « détaillées » – en une phrase : « ces craintes n’ont pas été dissipées : mise en concurrence, sur un mode libéral, de l’université ; paupérisation du service public ; déclassement de ses professeurs ; caporalisation de ses chercheurs ; menaces sur la vocation des grandes agences de recherche comme le CNRS et l’Inserm ».

[2] Qui a consacré une émission – avec Jérôme Valluy et Valérie Robert – au traitement médiatique du conflit par Le Monde, dont aucun journaliste n’a accepté de venir.

[3] Nous n’avons à ce jour pas trouvé trace d’une intervention de la médiatrice du Monde sur ce dossier.

[4] « Jack Lang estime que pour ramener le calme dans le monde universitaire, mieux vaut changer de ministre. Votre réponse ? » ; « Vous êtes tête de liste aux élections régionales de 2010. N’est-ce pas un handicap ? » ; « Que pensez-vous d’une éventuelle arrivée de Claude Allègre au gouvernement ? »

[5] Catherine Rollot, Françoise Fressoz et Philippe Jacqué.

[6] Nous l’avons fait dans l’article concerné.

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mardi 30 juin 2009

Répression syndicale en Nouvelle-Calédonie

Le président du syndicat indépendantiste de Nouvelle-Calédonie USTKE, Gérard Jodar, a été condamné lundi à Nouméa à un an de prison ferme pour « entrave à la circulation d’un aéronef », annonce l’Agence France Presse. La même peine a été prononcée à l’encontre d’un autre responsable du syndicat, Michel Safoka. En tout, vingt-huit militants étaient poursuivis ; de 4 à 12 mois de prison ferme ont été prononcés pour six d’entre eux. Tous vont faire appel.

En mai dernier, dans le cadre du conflit déclenché par le licenciement, jugé abusif, d’une employée de la compagnie Aircal, plusieurs centaines de militants USTKE avaient marché sur l’aérodrome de Magenta. Le Haut commissaire de la République, Yves Dassonville, avait fait donner les gendarmes mobiles et le GIPN (Groupe d’intervention de la police nationale). Des échauffourées avaient éclaté avec la police et certains manifestants étaient montés à bord de deux appareils de la compagnie Aircal.

L’AFP juge que l’USTKE est « coutumière de coups d’éclat en Nouvelle-Calédonie, qui perturbent la vie quotidienne de la population », et souligne qu’une « pétition pour dénoncer ses actions » a rassemblé 15 000 signatures.

Après le conflit chez Carsud (Veolia) en janvier 2008, qui avait déjà mené ses dirigeants au tribunal, l’organisation, majoritaire en Nouvelle-Calédonie, fait surtout les frais, une fois de plus, de la répression féroce qui sanctionne toute action syndicale sur l’île. Sur ce territoire, le code du travail français ne s’applique pas, les conseils de prud’hommes n’existent pas, et le Mouvement des entreprises de France (Medef) local « appelle les entreprises à sanctionner les travailleurs qui se mettent en grève pour défendre le droit syndical », écrivait en novembre dernier Christian Darceaux dans Le Monde diplomatiqueClimat tendu en Nouvelle-Calédonie »). L’USTKE a encore aggravé son cas en étant à l’origine de la création du Parti travailliste, parti indépendantiste radical dont la naissance inquiète autant la droite que les indépendantistes institutionnels.

Source : Le Monde Diplomatique

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Lula privatise la forêt amazonienne

Beaucoup espérait qu'il y renonce, mais le président brésilien Luiz Ignacio Lula da Silva a promulgué la loi visant à « régulariser » l'appropriation illégale de terres publiques en Amazonie.

En gros, cela revient à « privatiser » quelque 67,4 millions d'hectares.

Plus que la superficie de la France !

Est-ce une bonne chose ? Les avis sont partagés.

La Chambre des députés et le Sénat avaient déjà approuvé cette loi bénéficiant aux "fazendeiros" (propriétaires fonciers) mais aussi aux sociétés qui occupaient des terres allant jusqu'à 1.500 hectares avant décembre 2004.

Lula a cependant mis son veto à l'article profitant aux sociétés.

Cette  loi va-t-elle permettre, comme le disent ses promoteurs, de réduire les transactions et de faciliter la surveillance de la forêt amazonienne ?
Trop tôt pour le dire.

Depuis trente ans, colons, agriculteurs et spéculateurs ont occupé, subtilisé et vendu des terres qui ne leur appartenaient pas, contribuant à la destruction d'environ un cinquième de la plus grande forêt tropicale au monde.

Que faire ? Difficile d'expulser les 20 millions d'habitants recensés dans les états amazoniens. Soit 10% de la population brésilienne.

Et puis, les puissants lobbies agricoles et forestiers représentent près de 20% des voix au Congrès.

L'idée à l'origine n'était pas mauvaise : aider les paysans défavorisés qui avaient été poussés à aller peupler la forêt Amazonienne pendant la dictature militaire (entre 1964 et 1985), et ce sans jamais être officiellement soutenus, défendus ou aidés financièrement.

Mais pour beaucoup de chercheurs et d'écologistes, Lula fait fausse route.

Le 10 juin, Greenpeace a publié un rapport accablant sur la gestion de la forêt Amazonienne par le Brésil.

L'ONG y dénonce l'incohérence du lancement en 2008 d'un fonds de 20 milliards de dollars pour la conservation du massif amazonien et de 41 milliards de dollars de crédits pour le développement de l'agriculture et de l'élevage, alors même que « le bétail est responsable de près de 80 % de la déforestation » dit le gouvernement.

Toujours d'après Greenpeace, « le gouvernement brésilien détient 2,65 milliards de dollars dans les multinationales de transformation du bœuf et du cuir qui profitent du faible coût du bétail élevé dans des zones de l'Amazonie ».

Et de conclure que le développement économique prime sur les préoccupations environnementales...

Le Brésil est devenu le premier exportateur de viande de bœuf, avec un tiers du tonnage mondial.

Il faut lire aussi la très intéressante étude de la revue américaine Science : selon ses auteurs, un tiers des zones déboisées depuis 1990 pour être converties en pâturage ont été abandonnées une fois les ressources épuisées.

De quoi remettre en cause l'idée reçue selon laquelle la déforestation profite économiquement et socialement aux populations installées en Amazonie.

source : http://latinosstories.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/06/27/lula-privatise-la-foret-amazonienne.html

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Coup d’Etat au Honduras : une erreur suicidaire

J’ai écrit voilà trois jours dans mes Réflexions du jeudi 25 au soir : « Nous ignorons ce qu’il se passera cette nuit ou demain au Honduras, mais la conduite courageuse de Zelaya passera à l’Histoire. »

J’avais aussi écrit deux paragraphes plus haut : « Ce qu’il se passe dans ce pays sera un test pour l’OEA et pour l’administration étasunienne. »

L’antédiluvienne institution interaméricaine, qui s’était réunie le lendemain à Washington, avait promis dans une résolution en demi-teinte et tiède de faire aussitôt les démarches pertinentes pour chercher une harmonie entre les parties en conflit. Autrement dit une négociation entre les putschistes et le président constitutionnel du Honduras.

Le haut gradé, qui restait à la tête des forces armées honduriennes, se prononçait publiquement contre les positions du président, dont il ne reconnaissait l’autorité que du bout des lèvres.

Les putschistes n’attendaient pas autre chose de l’OEA. Peu leur importait la présence d’un grand nombre d’observateurs internationaux qui étaient arrivés dans le pays pour attester d’une consultation populaire et avec lesquels le président Zelaya s’était entretenu jusque tard dans la nuit. Ce matin, au petit jour, ils ont lancé contre la résidence du président environ deux cents soldats de métier bien entraînés et armés qui, écartant rudement l’escouade de la garde d’honneur, ont séquestré Zelaya, qui dormait alors, l’ont conduit à la base aérienne, l’ont fait monter de force dans un avion et l’ont déposé sur un aéroport costaricien.

C’est à huit et demi du matin que nous avons appris par TeleSur cet assaut contre la maison présidentielle et l’enlèvement. Le président n’a pas pu assister au lancement de la consultation populaire qui devait se dérouler ce dimanche-ci. On ignorait encore son sort.

La télévision officielle a été interrompue. Les putschistes souhaitaient empêcher une divulgation prématurée de leur trahison à travers TeleSur et CubaVisión Internacional, qui informaient des faits. Aussi ont-ils suspendu les centres de retransmission et fini par couper le courant dans tout le pays. Le Congrès et les hauts tribunaux, impliqués dans la conspiration, n’avaient pas encore publié les décisions qui la justifiaient. Ils ont d’abord fait leur coup d’État inqualifiable, puis l’ont légalisé. Le peuple s’est réveillé, a constaté ce fait acquis et a commencé à réagir avec indignation. On ignorait toujours le sort de Zelaya. Trois heures après, la réaction populaire était telle qu’on a vu des femmes frapper du poing des soldats dont les fusils leur tombaient presque des mains tant ils étaient désarçonnés et nerveux. Au départ, on aurait dit qu’ils livraient un étrange combat contre des fantômes ; plus tard, ils ont tenté de bloquer de leurs mains les objectifs des caméras de TeleSur, ils visaient, tremblant, les reporters et quand les gens avançaient, ils reculaient parfois. Les putschistes ont envoyé des transports blindés armés de canons et de mitrailleuses. La population discutait sans peur avec les occupants des blindés. Étonnante réaction populaire !

Vers deux heures de l’après-midi, en coordination avec les putschistes, une majorité domestiquée du Congrès a déposé Zelaya, le président constitutionnel, et nommé un nouveau chef d’Etat, affirmant au monde, après avoir présenté une signature falsifiée, qu’il avait démissionné. Quelques minutes après, depuis un aéroport costaricien, Zelaya a informé de ce qu’il se passait et a démenti catégoriquement avoir démissionné. Les conspirateurs se couvraient de ridicule aux yeux du monde.

Bien d’autres choses se sont déroulées aujourd’hui. CubaVisión s’est consacrée presque toute entière à démasquer le putsch, informant tout le temps notre population.

Certains faits ont revêtu un caractère nettement fasciste. Bien que prévisibles, ils ne cessent d’étonner.

La cible fondamentale des putschistes a été, après Zelaya, Patricia Rodas, la ministre hondurienne des Affaires étrangères. Ils ont dépêché un autre détachement chez elle. Courageuse et résolue, elle a agi vite et n’a pas perdu une minute pour dénoncer le putsch par tous les moyens.

Notre ambassadeur, Juan Carlos Hernández, était entré en contact avec elle pour s’informer de la situation, comme l’ont fait d’autres ambassadeurs. À un moment donné, elle a demandé aux représentants diplomatiques du Venezuela, du Nicaragua et de Cuba de la rejoindre, car, férocement harcelée, elle avait besoin d’une protection diplomatique. Notre ambassadeur, qui avait été autorisé dès le premier instant à offrir le plus grand appui possible à la ministre constitutionnelle et légale, s’est alors rendu chez elle.

Alors que les ambassadeurs étaient déjà avec elle, le commandement putschiste envoie le commandant Oceguera l’arrêter. Les ambassadeurs forment un écran devant elle et informent le militaire qu’elle se trouve sous protection diplomatique et qu’elle ne se déplacera qu’en leur compagnie. Oceguera discute avec eux respectueusement. Quelques minutes après, de douze à quinze hommes en battle-dress et encagoulés pénètrent dans la résidence. Les trois ambassadeurs font alors bloc autour de Patricia ; les encagoulés agissent brutalement et parviennent à séparer les ambassadeurs vénézuélien et nicaraguayen, mais le nôtre, Hernández, est accroché si fort à son bras que les encagoulés les traînent tous les deux jusqu’à une fourgonnette, les conduisent jusqu’à la base aérienne, parviennent à les séparer et emmènent Patricia. Alors que notre ambassadeur est arrêté, Bruno Parrilla, notre ministre des Relations extérieures, qui a eu des nouvelles de l’enlèvement, parvient à l’avoir sur son portable, mais un des encagoulés tente brutalement de le lui arracher. Notre ambassadeur, qui avait déjà reçu des coups chez Patricia, lui crie : « Ne me bouscule pas, cojones ! » Je ne me rappelle pas si Cervantès a déjà utilisé ce mot, mais notre ambassadeur Juan Carlos Hernández a sûrement enrichi notre langue.

Après, les encagoulés l’ont abandonné sur une route, loin de l’ambassade, et l’ont averti avant de le libérer que s’il parlait, il risquait de lui arriver quelque chose de pire. « Rien n’est pire que la mort ! », leur a-t-il rétorqué dignement, « et pourtant vous ne me faites pas peur. » Les habitants de l’endroit l’ont aidé à regagner l’ambassade d’où il est aussitôt entré de nouveau en contact avec Bruno.

On ne peut négocier avec les hauts gradés putschistes. Il faut exiger leur démission, et que des officiers plus jeunes et non compromis avec l’oligarchie se substituent à eux. Sinon, il n’y aura jamais de gouvernement « du peuple, par le peuple et pour le peuple » au Honduras.

Les putschistes, acculés et isolés, n’ont aucune échappatoire possible si on leur fait face avec fermeté.

Jusqu’à Mme Clinton a déclaré dans l’après-midi que Zelaya était le seul président hondurien. Et les putschistes, sans l’appui des États-Unis, n’osent même pas respirer.

Encore en pyjama voilà quelques heures, Zelaya sera reconnu par le monde entier comme le seul président constitutionnel du Honduras.

Fidel Castro Ruz

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lundi 29 juin 2009

Misère de la politique

« La délinquance ne procède que très rarement de la souffrance sociale.(...) L’idéologie dominante était fondée sur l’idée que la misère engendre naturellement la criminalité qui ne peut donc être traitée que par des mesures sociales. Je dis exactement le contraire : c’est la criminalité qui favorise la misère en aggravant l’exclusion, et la stigmatisation d’une partie de la société française » (1). Ainsi s’exprimait, en grand théoricien, Nicolas Sarkozy le 28 mai juste avant les élections européennes du 7 juin 2009. Et il poursuit « Une vingtaine de quartiers en région parisienne sont particulièrement victimes de la violence des bandes (...) Les agressions dirigées contre les policiers ou les gendarmes ne sont ni plus ni moins qu’un défi lancé à la République ». Ce discours plaît non seulement à l’extrême droite, à la droite, mais aussi à une partie de la gauche.

En France, pour gagner les élections, il faut « taper » sur les plus démunis, notamment les enfants et les petits enfants des travailleurs immigrés. Car c’est cette « racaille » là qui est responsable des millions de chômeurs, de la destruction des services publics, de la disparition des libertés individuelles et de tous les malheurs de la France. C’est le mal absolu ! Il faut les pourchasser partout ces voyous des cités populaires et « aucune rue, aucune cave, aucune cage d’escalier ne doit être abandonnée aux voyous. Je souhaite que se multiplient, immédiatement, les opérations “coup de poing” dans les cités » (1). Tous les moyens doivent être mobilisés : les grands médias, les experts en tout genre, tout l’appareil judiciaire, les unités mobiles, la police, la gendarmerie et peut-être aussi l’armée : « Je souhaite une mobilisation complète des forces de l’ordre sur cet impératif majeur » (1). Ce déploiement extraordinaire de la force contraste avec l’impunité et la complicité de ce même gouvernement envers les vrais responsables de la situation de crise dans laquelle se trouve la France aujourd’hui : les dirigeants d’entreprises et la classe au pouvoir. Plus de liberté et de tolérance pour les uns et plus de contrôle et de « tolérance zéro » pour les autres.

Mais la traque ne s’arrête pas là. Elle se poursuit à l’intérieur même de l’école. Préfets, recteurs, procureurs, chefs d’établissement, policiers à la retraite et autres personnes volontaires sont sommés de repérer ces collégiens et lycéens responsables de l’insécurité en France. Entre les trousses, les cahiers et les livres, des révolvers, des bombes et autres explosifs peuvent être dissimulés. Les cartables doivent être fouillés, les portiques de sécurité et la vidéo surveillance installés ; car c’est la sécurité de la république qui est en jeu . Il faut rappeler que l’on voulait même détecter la délinquance dès l’âge de 3 ans c’est-à-dire dès la crèche ou la première année de la maternelle en s’appuyant sur le rapport de l’ INSERM publié en 2005 (2). Misérable politique !

Voilà donc la tonalité de ce discours. Il s’agit de propos vides politiquement, mais chargés de démagogie et de calculs politiciens. Il s’adresse à une partie de la population imbibée d’idées rétrogrades et xénophobes. Cette frange de la population a été éduquée, élevée et habituée à ce genre de discours. A la veille de chaque élection on lui ressasse inlassablement les mêmes mots et les mêmes images : l’insécurité et l’immigration restent et demeurent le problème le plus grave de la France ! Apeurée, elle se jette dans les bras d’un pouvoir qu’elle croit protecteur notamment en période de crise économique. Ce type de discours démagogique arrive, grâce au matraquage méthodique et systématique des grands médias, à transformer l’insécurité sociale, bien réelle, en insécurité tout court ; c’est sa force. Le chômage, la déréglementation et la précarisation de l’emploi, des notions intimement liées au mode de production capitaliste, plongent l’individu dans l’incertitude et l’insécurité économique et sociale. Pour calmer son angoisse, il faut lui présenter, en chaire et en os, les responsables de cette situation. Le travailleur immigré, ses enfants , ses petits enfants etc. sont les parfaits boucs émissaires. On « ne peut accueillir toute la misère du monde » n’est-ce pas ? La désignation et la stigmatisation de l’étranger permettent également de créer un semblant de « cohésion nationale » sans cesse mise à mal par la mondialisation libérale.

Le drame, c’est qu’une partie de la gauche adopte la même position et utilise, elle aussi, à quelques nuances près le même discours. Elle est convaincue que le pouvoir est au bout du chemin tracé par la droite voire l’extrême droite. Il suffit donc de le suivre. Car comme le disait Manuel Valls « Une grande partie des idées de gauche se sont épuisées ». Alors il faut que les idées de gauche deviennent les idées de droite « Nous pouvons faire un bout de chemin avec la majorité(...)Je pense aux moyens qu’il faut donner à la justice, à la lutte contre la criminalité ou encore au dossier de l’immigration » (Le Figaro, 22 août 2007). Plus récemment, il récidive en s’adressant à Christian Gravel, son directeur de cabinet : « Belle image de la ville d’Evry… Tu me mets quelques blancs, quelques whites, quelques blancos… » ! Encore et toujours l’insécurité et l’immigration. La politique est ainsi réduite à ces deux mots. Valls est non seulement dirigeant du PS, mais maire et député. Misérable politique !

Un autre député-maire André Gerin, lui, veut libérer la femme musulmane en décidant à sa place. Il lui choisira ses vêtements, ce qu’elle doit porter et surtout ce qu’elle ne doit pas porter comme le voile dit islamique ou la Burqa par exemple. Pour lui, la libération de la femme passe par les vêtements ! La marchandisation du corps de la femme par la publicité, l’insupportable inégalité de salaires pour le même diplôme, le même niveau de qualification entre homme et femme, la présence ridicule des femmes au sein du parlement et dans toutes les instances de décision, le chômage, la précarité et le temps partiel subi qui frappent davantage les femmes que les hommes etc. sont des vieilleries d’un autre âge pour lesquelles aucun combat digne de ce nom ne mérite d’être mené. Le véritable problème de la France c’est la Burqa ! A. Gerin, incapable d’affronter la bourgeoisie et le capitalisme qui rabaissent l’être humain ( hommes et femmes) à l’état de marchandise, préfère s’unir avec la droite pour mener un combat d’arrière garde en s’attaquant à la frange de la population la plus fragile, la femme musulmane. Mais les Valls et les Gerin ne sont que quelques arbres qui cachent une véritable forêt dans cette partie de la gauche à la dérive, toujours prête à vendre son âme pour plaire à la classe dominante.

Malheureusement les femmes (musulmanes ou non), les « sauvageons » comme disait Chevènement, ne sont pas les seuls à subir les foudres du pouvoir. Les lycéens, les étudiants et tous les jeunes qui contestent la politique de ce pouvoir omniprésent et omnipotent lui ont déjà payé un lourd tribut.

Face aux revendications légitimes des lycéens, le gouvernement oppose répression et brutalité. Combien d’adolescents et d’adolescentes ont été insultés, giflés, matraqués, gazés, humiliés et brutalisés par les CRS pour avoir tout simplement revendiqué dans la rue un enseignement de qualité ouvert à tous ? Que garderont ces enfants plus tard de cette société qui les méprise tant ?

Les étudiants de leur côté, ont mené un long et admirable combat, comme d’ailleurs leurs camarades grecs, espagnols, italiens etc, contre la transformation de l’université en entreprise et le savoir en vulgaire marchandise. La répression, le mensonge et la stigmatisation de la contestation à travers les grands médias tous entre les mains de la classe au pouvoir, sont utilisés comme moyens pour atteindre ces objectifs. La guerre est menée sans trêve contre toute contestation de cette pitoyable et misérable politique du gouvernement.

Pour empêcher la moindre résistance, pour intimider les citoyens les plus conscients politiquement, on invente de toute pièce des ennemis de l’Etat, auxquels on attribue des qualificatifs parfois surprenants : militants de l’ultra-gauche, terroristes, anarchos autonomes, anarchistes, néosituationnistes et même nihilistes nietzschéo-corézienne ! Pour faire peur à la population, on organise des opérations policières spectaculaires médiatisées à outrance. Ainsi le 11 novembre 2008, policiers et journalistes débarquent à Tarnac. Les premiers procèdent à des interpellations musclées (c’est un euphémisme), les seconds braquent leurs projecteurs et leurs caméras sur... des jeunes corréziens parmi lesquels le désormais célèbre Julien Coupat. Il s’agit pour la police comme pour les grands médias, d’un commando violent qui a saboté des lignes TGV : « Le commando avait fait de ce village en Corrèze son QG (...) Le groupe a décidé de rentrer en clandestinité et de s’installer en Corrèze. Plus de téléphone, plus d’Internet mais des actions comme celles commises sur les voies ferrées » affirmait sans aucune précaution dès le 11 novembre Audrey Goutard journaliste à France 2 (3). Puisque le dossier est vide, il faut absolument trouver quelque chose qui ressemble à « une preuve ».

Le vide sera comblé par... un livre ! Il s’agit de « l’insurrection qui vient ». La justice, la police et les grands médias se précipitent alors sur l’ouvrage comme la meute sur sa proie. On verse carrément un livre au dossier de l’instruction ! C’est un fait rarissime qui en dit long sur l’état des libertés aujourd’hui sous le régime de Sarkozy et de la démocratie bourgeoise. Mais l’opuscule est signé par un « comité invisible ». Eric Hazan auteur et éditeur (La Fabrique) de livres progressistes, antisioniste courageux fut entendu par la Police Judiciaire le 9 avril 2009 sans vraiment savoir pourquoi puisqu’il n’était pas témoin des faits qu’on lui reproche. Il est juste l’éditeur de « L’insurrection qui vient ». Mais le dossier reste désespérément vide. Julien Coupat, le dangereux terroriste, fut libéré le 28 mai 2009 après plus de six mois de détention pour rien. Michèle Alliot-Marie ne sachant comment justifier cette débandade politique, judiciaire et médiatique, déclarait que si Julien Coupat « demeure sous contrôle judiciaire, cela signifie quelque chose » (4). Mais justement que signifie sur le plan du Droit « cela signifie quelque chose » ? En fait cela ne signifie absolument rien, si ce n’est l’arbitraire.

Le 22 juin 2009, Sarkozy a réuni à Versailles ses courtisans dans un faste (au frais du contribuable) digne des monarques des siècles passés, humiliant ainsi un peu plus une république qui ne lui reste de démocratique que les apparences. Là encore le président a parlé, entre autres, de la Burqa. Emu, A Gerin ne pouvait que saluer « l’attitude positive et pondérée » de Sarkozy (5). Le comble pour un communiste !

En cette période de chômage de masse, l’insécurité, l’immigration, le terrorisme, la Burqa, bref des discours et des mots vides, voilà ce que la classe dominante, qui continue à s’enrichir et qui capte l’essentiel des ressources financières de l’Etat, offre à la population comme solution pour la soulager de ses souffrances sociales. Pitoyable politique !

Mohamed Belaali, Le Grand Soir


(1) http://www.elysee.fr/download/?mode=press&

(2) http://ist.inserm.fr/basisrapports/trouble-conduites.html

(3) http://www.acrimed.org/article3152.html

(4) http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200922/coupat-un-fiasco-selon-la-gauche_212914.html

(5) http://www.lemonde.fr/politique/son/2009/06/23/burqa-andre-gerin-salue-l-attitude-positive-et-ponderee-de-nicolas-sarkozy_1210532_823448.html#xt

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